Russie : le parti libéral Iabloko interdit de législatives
Russie : Iabloko interdit de législatives

La Cour suprême de Russie a interdit lundi au parti libéral Iabloko de participer aux élections législatives prévues en septembre, un coup d'arrêt pour la seule formation politique antiguerre encore en lice. Le parti, qui espérait capitaliser sur le mécontentement lié au conflit en Ukraine, avait pourtant reçu le feu vert de la Commission électorale centrale, mais un recours déposé par une formation nationaliste pro-Kremlin a abouti à cette décision.

Le parti maintient sa campagne malgré l'interdiction

« Nous continuerons à œuvrer en Russie. Nous ne suspendons en aucun cas la campagne électorale », a déclaré Nikolaï Rybakov, le chef du parti, cité par RFI. Selon lui, 130 de ses membres resteront inscrits en tant que candidats, tandis qu'un appel de la décision est envisagé. Le parti, qui se présentait avec le programme « Pour la paix et la liberté ! Pour une vie sans peur ! », ne compte pas abandonner la bataille.

Iabloko, dont le nom signifie « la pomme » en russe, est un acronyme des noms de ses fondateurs : Grigori Iavlinski, Iouri Boldyrev et Vladimir Loukine. Créé en 1993, le Parti démocratique unifié russe a connu un succès relatif après l'effondrement de l'URSS, portant les espoirs des idées libérales tournées vers l'Ouest. Depuis 2003, il n'a plus de groupe parlementaire à la Douma, la chambre basse du Parlement russe.

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Un parti libéral et antiguerre

Le mouvement adhère « à l'idéologie du libéralisme social » et milite pour « une économie sociale de marché », « l'égalité des chances », « la concurrence en politique et en économie » ou encore « l'inviolabilité de la propriété privée ». Il ambitionne de « renforcer les institutions démocratiques » en Russie, l'État de droit et « le contrôle citoyen sur le gouvernement ». Dirigé depuis 2019 par Nikolaï Rybakov, présenté comme un « écologiste et militant des droits de l'homme », le parti compte 78 sections régionales et 337 organisations locales selon son site Internet.

Iabloko est le seul parti en lice en Russie qui appelle à la fin de la guerre en Ukraine. Ses dirigeants présentaient les législatives comme « un référendum qui montrera au pouvoir que des millions de Russes s'opposent » au conflit. Cette position lui a valu le soutien de Ioulia Navalnaïa, veuve de l'opposant Alexeï Navalny, mais aussi les foudres des autorités russes.

Répression et pressions sur les militants

« Une quarantaine de nos militants font l'objet de poursuites », a indiqué Nikolaï Rybakov. Huit membres du parti sont déjà en prison, notamment Maxime Krouglov, ancien député de la ville de Moscou à la Douma, arrêté en octobre 2025 pour avoir « sciemment diffusé de fausses informations » après des publications numériques sur les victimes civiles de la guerre en Ukraine, précise Amnesty International. En décembre 2025, Lev Chlosberg, autre membre éminent, a été inculpé pour les mêmes raisons après avoir appelé à un « cessez-le-feu » avec Kiev.

Cette répression s'inscrit dans un contexte plus large de restriction de l'opposition. Un autre candidat dénonçant les conséquences de la guerre, Boris Nadejdine, qui se présentait comme « le seul candidat d'opposition indépendant », a également été interdit d'élection. Le 10 juillet, le ministère de la justice russe l'a ajouté à la liste des « agents de l'étranger ». Il a ensuite été condamné pour avoir exhibé « des symboles extrémistes » et a quitté le pays pour l'exil début août.

Des perspectives électorales incertaines

Malgré son opposition à la guerre, Iabloko ne semble pas en mesure de faire basculer le pouvoir en place. Selon un sondage plus tôt cette année, le parti ne recueillait que 3 % des intentions de vote, soit moins que le seuil de 5 % nécessaire pour entrer à la Douma. Sur son site Internet, la formation revendique néanmoins de meilleures intentions de vote : « Selon le groupe de recherche indépendant ExtremeScan, Iabloko, seul parti antiguerre, pourrait recueillir jusqu'à 20 % des voix lors des élections de septembre », affirment les militants.

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Les élections législatives se tiendront du 18 au 20 septembre pour renouveler les 450 membres de la Douma, élus selon un système mixte : la moitié à la proportionnelle sur l'ensemble du territoire, l'autre moitié dans des circonscriptions individuelles. Largement victorieux lors des précédentes élections, Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, pourrait faire face à une campagne plus difficile cette année, rapporte RFI, citant le média indépendant russe Meduza. La durée du conflit en Ukraine et ses conséquences humaines et économiques pourraient susciter la lassitude, voire le rejet des électeurs, ce qui pourrait profiter à l'opposition, même interdite de scrutin.