Le remaniement gouvernemental annoncé par le chancelier allemand Friedrich Merz devait insuffler un nouveau souffle à son mandat. Il s'est pourtant transformé en une crise politique majeure au sein de son propre camp, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), menaçant de fragiliser durablement son leadership. Après plusieurs jours de spéculations, Merz a finalement officialisé le 27 juillet la nomination de Steffen Bilger, 47 ans, ancien secrétaire d'État aux Transports entre 2018 et 2021, au poste de ministre des Transports. Bilger remplace Patrick Schnieder, que Merz jugeait insuffisamment efficace face aux retards chroniques de la Deutsche Bahn et au manque de projets de modernisation des infrastructures. L'objectif affiché du nouveau ministre est de faire en sorte que l'Allemagne devienne « plus rapide et meilleure, pour ouvrir une nouvelle ère de progrès ».
Un remaniement qui tourne à la crise interne
Cette nomination était la dernière attendue d'un vaste jeu de chaises musicales déclenché par la démission, le 18 juillet, de Jens Spahn, chef du groupe parlementaire CDU/CSU au Bundestag. Spahn avait quitté ses fonctions après avoir annoncé la naissance d'un fils par gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis, une pratique interdite en Allemagne et à laquelle il s'était lui-même opposé. Pour lui succéder, Merz a choisi son fidèle directeur de cabinet Thorsten Frei, 52 ans, dont la nomination a été approuvée ce mercredi par les députés de l'alliance conservatrice. Frei sera remplacé à la tête de la chancellerie par Nina Warken, 47 ans, qui devient la première femme à occuper ce poste. Ancienne ministre de la Santé, Warken est appréciée par Merz pour sa fermeté, notamment après avoir défendu une réforme de l'assurance maladie qui avait déclenché de grandes manifestations. Son portefeuille de la Santé est confié à Carsten Linnemann, jusqu'ici secrétaire général de la CDU, davantage connu pour son expertise économique que pour les questions sanitaires.
Des critiques acerbes et une vidéo virale
Présenté par l'équipe du chancelier comme une occasion de reprendre la main, ce remaniement a au contraire déclenché une fronde interne. Plusieurs responsables conservateurs ont publiquement critiqué le dirigeant. L'ancien directeur de la chancellerie sous Angela Merkel, Peter Altmaier, s'est dit « triste et en colère » du traitement réservé à Patrick Schnieder. Ce dernier est en effet resté en poste trois jours après avoir été limogé, car le remplaçant initialement choisi par Merz s'est désisté au dernier moment. Dénonçant sur les réseaux sociaux une « situation indigne qui rend impossible le travail nécessaire », Schnieder a fini par demander à être relevé de ses fonctions. Merz a lui-même reconnu « beaucoup regretter personnellement » que les événements se soient déroulés ainsi.
Une vidéo datant de mai 2025, dans laquelle le nouveau ministre de la Santé Carsten Linnemann plaisantait sur le fait qu'il ne serait pas la bonne personne pour ce poste, est devenue virale. Linnemann a reconnu lundi qu'il lui faudrait du temps pour maîtriser les dossiers du secteur. Cette séquence supplémentaire de tensions internes survient alors que la CDU traverse une passe difficile dans les sondages, à l'approche d'élections régionales décisives cet automne.
Conséquences sur les élections régionales
Dans le Land de Saxe-Anhalt, où le scrutin est prévu le 6 septembre, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) devance la CDU de 17 points, selon les derniers sondages. L'AfD pourrait devenir le premier parti d'extrême droite à obtenir une majorité absolue dans un Land. Sur une chaîne de télévision allemande lundi, le chef de la CDU en Saxe-Anhalt, Sven Schulze, a estimé que les polémiques fédérales rendaient « presque impossible » une campagne axée sur les enjeux locaux. Le groupe parlementaire CDU de Rhénanie-Palatinat a même annulé une réunion avec Friedrich Merz en signe de protestation. Malgré ces critiques, Merz assure espérer que « l'ambiance se calmera » d'ici aux élections de septembre. La situation illustre l'ampleur de la crise politique au sein de la CDU, où les rivalités internes et les décisions controversées du chancelier menacent de compromettre le succès électoral de son parti dans plusieurs Länder.



