À moins de huit mois du premier tour de l'élection présidentielle, plusieurs ex-figures de premier plan du personnel politique français continuent d'espérer en une candidature. François Hollande, Bernard Cazeneuve, Michel Barnier, Xavier Bertrand ou encore Dominique de Villepin croient encore en leurs chances, malgré des sondages qui leur sont défavorables. Cette stratégie, que François Hollande théoriserait sous l'appellation de « la stratégie du trou de souris », repose sur l'idée qu'ils pourraient, à un moment donné, faire figure de dernier recours.
Une centaine de personnalités convaincues de leur chance
Giuliano da Empoli, écrivain et conseiller politique de Matteo Renzi lorsque ce dernier était président du Conseil italien, a un jour avoué sa stupéfaction d'observer, avant chaque élection présidentielle en France, qu'une centaine de personnalités étaient peu ou prou convaincues d'avoir leur chance dans cette compétition. Les faits semblent lui donner raison. Hors les principaux candidats déjà en lice, on voit se multiplier les envies plus ou moins déclarées de nombreux prétendants venus d'horizons divers : des partis politiques, mais aussi de la société civile pour certains s'imaginant un destin, tels Michel-Edouard Leclerc, Mathieu Pigasse, ou Natacha Polony.
Un quintet d'anciens ténors en attente
Mais il est une catégorie bien spécifique, où l'on trouve plusieurs acteurs politiques de premier plan, ex-Président, ex-Premier ministre, ou élus de poids, dont les chances de l'emporter le 2 mai prochain, si l'on en croit les sondages, semblent minces. François Hollande ou Bernard Cazeneuve du côté de la gauche sociale-démocrate, Michel Barnier ou Xavier Bertrand pour la droite de gouvernement, ou le plus inclassable Dominique de Villepin, sont dans ce cas. Avec ce seul quintet, on compte trois anciens hôtes de Matignon, un ex-chef de l'État, et un président de Région en exercice. Tous ne manquent jamais de rappeler leurs plus hauts faits d'armes et l'épaisseur de leur CV, en attendant que les planètes s'alignent en leur faveur, tout en snobant toute idée de participer à une primaire.
« Ils ne jouent pas dans la même cour »
Hussein Bourgi, sénateur PS de l'Hérault et observateur avisé, décryptait la semaine dernière cette attitude : « Certains partent à la présidentielle par manque de lucidité sur leur aptitude à jouer les premiers rôles, d'autres parce qu'ils veulent prendre date pour la suite, ou qui voient les primaires comme un accélérateur de notoriété. Ceux qui sont vraiment aptes à jouer les premiers rôles ne souhaitent pas descendre dans cette arène, ne veulent pas s'y abîmer. Estimant, à juste titre pour certains, qu'ils ne jouent pas dans la même cour. »
Une crise de leadership dans les partis traditionnels
David Gouard, chercheur en sciences politiques au Cepel de l'Université de Montpellier, voit dans cette émergence de candidats madrés et attentistes « une forme d'affaiblissement des partis traditionnels, notamment les deux qui ont longtemps structuré la vie politique française. Ces candidats-là se portent volontaires parce qu'ils constatent une crise de leadership dans leur camp, au parti socialiste comme chez les Républicains. Et on notera qu'imaginer une candidature de recours, revient aussi à accentuer encore un peu plus cette crise de leadership ! »
Le chemin se resserre peu à peu
Mais, ajoute le politologue, « la campagne avance malgré tout, avec des candidats déclarés, légitimés, par exemple, quand ils sont invités par le Medef. Donc pour Hollandes et les autres, le risque est que le chemin se resserre peu à peu. C'est même le plus probable ». D'autant que, pour tous ceux cités ici qui espèrent pouvoir emprunter cet étroit chemin vers une candidature (auxquels on peut ajouter David Lisnard, président de l'Association des maires de France, et maire de Cannes), les handicaps à surmonter, au-delà même du contexte politique, resteront nombreux. Et le gain de 500 parrainages ou le bouclage du financement d'une campagne électorale ne sont pas les moindres.



