Presse étrangère : la fin du macronisme après le 17 octobre
Presse étrangère: la fin du macronisme après le 17 octobre

Trois jours après les violences qui ont émaillé les manifestations du 17 octobre, la presse internationale dresse un bilan particulièrement sévère de la gestion de la crise par Emmanuel Macron, allant jusqu'à évoquer les « derniers soubresauts du macronisme ». Les médias étrangers pointent l'impuissance du président, sa déconnexion et l'absence de « concessions concrètes » face aux revendications lycéennes et « contre la vie chère », selon le journal espagnol « El País ». Ils s'inquiètent également des répercussions de la crise française sur la scène internationale, alors que la cote de popularité du chef de l'État s'établissait déjà à un niveau « catastrophique » de 15 % avant les événements, rapporte « The New York Times ».

Une gestion jugée impuissante et déconnectée

Alors que le président français est en déplacement pour trois jours dans le golfe Persique afin de sécuriser les approvisionnements énergétiques, le tabloïd suisse « Blick » s'interroge : « ce chaos [du 17 octobre], qui se retrouve à la une de toute la presse internationale, ne justifiait-il pas un changement d'agenda ? » Comme d'autres titres étrangers, ce quotidien souligne le sentiment de déconnexion qu'inspire Emmanuel Macron aux Français. « Blick » cite ainsi un « haut fonctionnaire » anonyme qui relève le hiatus entre le rôle qu'ambitionne le président à l'étranger et son rôle en France : « Macron m'a donné l'impression de ne pas savoir quoi faire, de se contenter de jouer un rôle à l'international et de déléguer à Lecornu. […] Il ne semble heureux que dans son avion, loin de ce pays qui s'appelle la France et qu'il ne comprend toujours pas. »

Saisis par des images de pillages, de la mairie de Limoges consumée par les flammes, du buste de Marianne déboulonné à Marseille, les titres internationaux estiment, comme le quotidien catalan « la Vanguardia », que le président « est apparu quelque peu impuissant, se limitant à des formules de circonstance » face à un conflit qui « ne montre aucun signe d'essoufflement ».

Un bilan économique et social sombre

Le quotidien britannique « The Guardian » lie clairement le manque de réponse budgétaire aux mouvements sociaux et la réponse policière. « Les marchés sont inquiets : les taux d'emprunt de la France sont plus élevés que ceux de la Grèce. Et avec peu d'options fiscales, la réponse la plus claire du gouvernement […] a été les charges avec du gaz lacrymogène et des matraques, parfois contre des élèves, aggravant encore plus les tensions. »

Le quotidien espagnol « El País », dont l'article est explicitement intitulé « La France met le feu au macronisme », rappelle qu'Emmanuel Macron « venait du monde de la banque », avec cette précision toutefois : « Il avait grandi au sein du Parti socialiste et était également conscient de la nécessité de préserver […] la justice sociale. » Conclusion, selon le titre espagnol : « Rien de tout cela ne s'est produit. » Côté finances, le quotidien liste même « la détérioration des comptes publics, le ralentissement de la croissance et la hausse du chômage ».

Une montée de l'extrême et des inquiétudes internationales

Pour la presse internationale, Macron se réveille éminemment affaibli au lendemain du 17 octobre, accélérant ainsi la montée de La France insoumise (LFI) et surtout du Rassemblement national (RN). « Blick » évoque ainsi la prise de parole de Marine Le Pen, juste avant celle d'Emmanuel Macron le 18 octobre, qui « la conforte dans son rôle de présidente (presque) déjà élue au suffrage universel ». « The Telegraph », quotidien conservateur britannique, lance même à propos de l'élection présidentielle : « On se demande si un pays aussi fracturé a la patience d'attendre aussi longtemps (soit sept mois) pour choisir son remplacement. » Le titre de l'article ? « Les émeutes en France sont les derniers soubresauts du macronisme ».

Le quotidien allemand « Der Spiegel », progressiste et libéral, prolonge en une chronique aux airs d'avertissement : « Si les marchés perdent confiance en une France qui sombre dans le chaos et l'irrationalité, nous en subirons nous aussi les conséquences. […] Dans le pire des cas, elle pourrait entraîner dans sa chute tous ceux qui tentent de la sauver. » Derrière ces différents tableaux transparaît un même sentiment d'inquiétude sur l'impact qu'auront, à l'étranger, les crises économiques, sociales et politiques françaises à l'approche d'une élection présidentielle cruciale.