Ce dimanche 30 août, Gérald Darmanin avait invité Édouard Philippe à participer à sa rentrée politique à Tourcoing, dans le Nord. L'occasion pour les deux hommes d'afficher leur complicité malgré leurs récentes divergences. Vêtus de tabliers marrons, ils ont rejoint le patron de la friterie Frenoi, dont le food truck était installé dans le jardin botanique de la ville. L'un faisait sauter les frites pour en retirer l'huile et les versait dans des barquettes en carton, l'autre les salait et les servait. Une mise en scène destinée à montrer que l'ancien Premier ministre et le Garde des Sceaux peuvent faire équipe.
Une alliance sous le signe de la complémentarité
Depuis que Gérald Darmanin a apporté son soutien au candidat Horizons à l'élection présidentielle, le doute existait pourtant. Le premier n'a pas caché ses différences avec le second sur les retraites ou l'immigration. Gérald Darmanin est opposé à l'idée d'un départ à 67 ans, mais se veut plus ferme que l'ancien Premier ministre en matière d'attribution de visas. De son côté, devant le Medef, Édouard Philippe a fustigé l'open bar des arrêts maladie, là où Gérald Darmanin défend l'idée d'un État providence qui soutient les Français en cas d'accident de la vie.
Ces divergences inquiètent les partisans de l'ancien maire de Tourcoing venus écouter les discours des deux hommes. Isabelle, qui travaille dans un EHPAD, explique : « Je ne suis pas surprise qu'ils fassent alliance car ils ont fait partie du même gouvernement mais moi je viens du parti socialiste et si je soutiens Gérald Darmanin c'est parce que je pense qu'il faut être un peu social. Le RN et LFI parlent le langage du peuple et on a besoin au centre de quelqu'un qui le fasse aussi. » Une autre Isabelle, assise quelques chaises plus loin, abonde : « Je soutiens Gérald Darmanin depuis toujours car il a une fibre sociale, Édouard Philippe parle moins au peuple. »
Des partisans entre espoir et interrogations
Houda, elle aussi, est venue avec des questions : « Je veux entendre leurs points de convergence et leurs divergences. Édouard Philippe a un discours plutôt destiné aux patrons et aux cadres, bref aux gens d'en haut, alors que Gérald Darmanin s'adresse aux classes moyennes et aux plus pauvres. Mais je pense qu'ils peuvent trouver un terrain d'entente. » Le député Modem Richard Ramos, qui a fait le déplacement, ne dit pas autre chose : « Édouard écoutera Gérald car ils sont copains. Entre eux, c'est fluide. Mais c'est un problème qu'Édouard ne soit pas capable de s'adresser aux catégories populaires car cette élection se jouera sur la capacité des candidats à réconcilier le peuple avec les élites. Gérald, lui, a un lien viscéral et pas uniquement cérébral avec le peuple. Or celui qui gagnera, c'est celui qui va aller chercher le peuple aux tripes. Je ne suis pas certain qu'Édouard Philippe en soit capable. »
Des compliments croisés pour dissiper les doutes
Sur l'estrade, alors que la pluie tente de perturber la fête, les deux hommes s'emploient à lever les doutes tant sur leur amitié que sur leur capacité à prendre en compte les préoccupations de l'autre. « Édouard a une qualité extraordinaire : il est très droit », lance Gérald Darmanin. Puis c'est au tour de l'ancien Premier ministre d'y aller de ses compliments. Gérald Darmanin est un « fin politique », un « esprit rapide et précis », « capable de travailler beaucoup et d'avoir le sens de l'État », ajoute-t-il à l'attention de son nouvel allié : « Tu peux en être convaincu mon projet de retraite sera responsable de tous et juste pour chacun. » Autant de mains tendues destinées à démontrer que les deux hommes sont capables de partager bien plus qu'un atelier frites.



