Le sacre avorté de Napoléon III : quand l'empereur rêvait de Notre-Dame
Le sacre avorté de Napoléon III : quand l'empereur rêvait de Notre-Dame

On connaît le faste du couronnement de Napoléon Ier à Notre-Dame, grâce notamment à l’imposant tableau laissé par Jacques-Louis David. Mais on ignore que son neveu Napoléon III, devenu empereur en 1852, rêvait également d’asseoir son nouveau pouvoir en convoquant généraux, princes, cardinaux et même le pape pour une cérémonie semblable dans la cathédrale parisienne. C’est ce que rappelle Histoire des sacres. De Charlemagne à Charles III, un ouvrage dirigé par Charles-Éloi Vial, qui y décortique les sacres les plus illustres des dynasties, leur portée politique et leur aura mystique.

La quête de légitimité par la tradition

Car rien de mieux pour un souverain que de s’inscrire dans la tradition et le faste de ses prédécesseurs pour obtenir la légitimité voulue, rappelle l’historien. Et Napoléon III entend bien marquer son règne du sceau de l’Histoire. Le 2 décembre 1852, un an après son avènement et un plébiscite qui entérine le Second Empire, il frappe les esprits en organisant rapidement son investiture : 101 coups de canons tirés depuis les Invalides, descente des Champs-Élysées à cheval, salut au balcon du palais des Tuileries face à l’armée et Te Deum le lendemain à Notre-Dame au bras de l’archevêque… Mais cela reste bien terne, il lui faut son sacre solennel.

Négociations avec Rome

Dès l’été 1852, des négociations sont entamées avec Rome, via notamment l’abbé Louis-Gaston de Ségur, auditeur du tribunal apostolique de la Rote, rappelle l’ouvrage. « La venue en France du chef suprême de l’Église aura pour effet de fortifier le pouvoir que je tiens du peuple », écrit Napoléon III à Pie IX. La rumeur court dans la presse, Hector Berlioz aurait commencé à composer un Te Deum, le peintre Eugène Lami travaille sur une armure d’imitation renaissance destinée à l’empereur, les couronnes impériales sont également commandées au joaillier Lemonnier – celle de l’impératrice Eugénie, la seule qui nous reste, a fait l’objet d’une tentative de vol l’an dernier au Louvre.

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Réticences de la Curie romaine

Mais la Curie romaine traîne des pieds. Il faut dire qu’on garde un très mauvais souvenir du sacre de Napoléon Ier en 1804 et l’humiliation de Pie VII, réduit au rôle de figurant. On craint également de mécontenter les grandes puissances catholiques d’Europe, comme l’Espagne, Naples ou l’Autriche. On suggère alors à Napoléon III de venir se faire sacrer à Rome, mais l’empereur est très réticent, il ne souhaite pas être la risée des caricatures anticléricales, ni raviver la guerre entre les catholiques ultramontains et gallicans… Sans oublier le courroux du comte de Chambord, héritier des Bourbons et prétendant légitimiste, qui exhorte le pape à préserver le « dépôt de la monarchie héréditaire ».

Exigences pontificales et échec

Les tractations s’enlisent, Pie IX en profite pour exiger des modifications sur le Concordat, en demandant l’abrogation des articles organiques, rajoutés par Napoléon mais jamais acceptés par Rome, et de rendre obligatoire le mariage religieux. Impossible pour Napoléon III de toucher à l’accord historique scellé par son aïeul, trop risqué politiquement. Le nouvel empereur, très déçu, doit faire une croix sur son sacre personnel…

Le baptême du prince impérial comme substitut

Pour donner le change et asseoir sa dynastie, il va alors tout miser sur le baptême de son fils, Louis-Napoléon, en juin 1856 : douze carrosses paradent dans Paris, drapeaux et guirlandes de fleurs décorent les rues, 6 000 personnes remplissent Notre-Dame, les fonds baptismaux intègrent un vase en laiton qui fut, dit-on, ramené des croisades par Saint-Louis. On frappe des médailles, on décrète trois jours de fête en France, avec bal et feux d’artifice. « Pareil baptême vaut un sacre », glisse l’empereur à son épouse Eugénie. Ne manque que le pape, parrain du prince, qui a été évidemment convié mais a préféré déléguer son cardinal légat. Encore manqué.

Éd. PerrinHistoire des sacres. De Charlemagne à Charles III, sous la direction de Charles-Éloi Vial, éd. Perrin (24,90 euros)

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