Robert Guédiguian : "Sortir de l'entre-soi dans le monde de l'art"
Guédiguian : sortir de l'entre-soi artistique

Robert Guédiguian : "Il faut sortir de l'entre-soi dans lequel nous vivons, producteurs et consommateurs d'art contents de nous avec nos œuvres autoproclamées radicales"

Dans une tribune publiée dans Le Monde, le cinéaste Robert Guédiguian livre une critique acerbe du milieu artistique contemporain. Il dénonce un entre-soi confortable où producteurs et consommateurs d'art se congratulent mutuellement, produisant des œuvres qu'ils qualifient de radicales mais qui restent inaccessibles au grand public.

Pour Guédiguian, cette situation est préjudiciable à la fois à l'art et à la société. Il estime que les artistes doivent sortir de leur bulle et se confronter à un public plus large, notamment les classes populaires. Il appelle à un art qui soit réellement engagé et qui parle à tous, au-delà des cercles initiés.

Un constat alarmant sur le monde de l'art

Le réalisateur marseillais, connu pour ses films ancrés dans le réel et soucieux des questions sociales, dresse un constat sans complaisance. Il observe que le monde de l'art est devenu un "ghetto" où les mêmes personnes se retrouvent, échangent et valident mutuellement leurs productions. Cette dynamique, selon lui, conduit à un appauvrissement de la création et à un éloignement des préoccupations réelles de la population.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Il pointe du doigt les institutions culturelles, les festivals, les galeries et les médias qui, selon lui, participent à ce système d'entre-soi. Les œuvres dites "radicales" sont en réalité souvent conformistes, car elles ne remettent pas en cause les privilèges de ceux qui les produisent et les consomment.

Un appel à un art véritablement populaire

Pour remédier à cette situation, Guédiguian propose de renouer avec un art populaire, au sens noble du terme. Il ne s'agit pas de faire du divertissement simpliste, mais de créer des œuvres qui soient à la fois exigeantes et accessibles. Il cite en exemple le cinéma d'auteur des années 1960-1970, qui parvenait à toucher un large public tout en étant politiquement engagé.

Il encourage les artistes à sortir de leur zone de confort, à aller à la rencontre des publics éloignés des circuits traditionnels, dans les quartiers populaires, les zones rurales, les lieux de travail. Il suggère également de repenser les modes de production et de diffusion, pour les rendre moins élitistes.

Une critique qui fait écho aux débats actuels

Cette tribune s'inscrit dans un contexte de remise en question des institutions culturelles et de la légitimité des élites artistiques. Elle rejoint les préoccupations de nombreux acteurs culturels qui appellent à une démocratisation de l'art et à une meilleure représentativité des diversités sociales.

Guédiguian ne se contente pas de critiquer ; il propose des pistes concrètes. Il plaide pour un financement public conditionné à des critères d'accessibilité et de diversité des publics. Il suggère également de favoriser les collaborations entre artistes et associations, écoles, comités d'entreprise, pour créer des œuvres ancrées dans le réel.

Un message fort pour le monde culturel

Le cinéaste, dont les films comme Marius et Jeannette ou Les Neiges du Kilimandjaro ont rencontré un large succès populaire, est bien placé pour tenir ce discours. Il appelle ses confrères à un sursaut collectif, pour que l'art retrouve sa fonction de lien social et d'émancipation.

Il conclut en affirmant que l'art doit être "un lieu de lutte et de partage, pas un salon où l'on se congratule". Un message qui résonne particulièrement à l'heure où les inégalités culturelles se creusent et où la défiance envers les institutions s'accroît.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale