Un siècle au service des autres
Le samedi 6 juin 2026, la caserne du Muy organise une journée de fête pour les 100 ans de la création du corps des sapeurs-pompiers. Rencontre avec des anciens qui n’ont rien oublié de leurs interventions et de la vie de la caserne.
Ils ont rangé l’uniforme depuis plus ou moins longtemps. Mais leur passion, elle, n’a pas pris une ride. Assis en cercle, Stéphane Giargia, Eddy Barré, Jean-Louis Ourgias, Amédé Ortas, Joël Bralia et Raymond Bruno replongent avec enthousiasme dans l’histoire du centre de secours du Muy. Les anecdotes fusent de toutes parts. Et après vingt, trente ou quarante ans de service, ils n’en manquent pas. Tous partagent la même fierté : avoir servi dans l’un des plus anciens centres de secours du Var. Le troisième créé dans le département, après Draguignan et Toulon. À l’époque, la caserne se trouvait sur la RN7.
La vie rythmée par les sirènes
La vie du village était alors rythmée par les sirènes. Chaque signal avait sa signification. « Deux coups pour un accident, trois pour un feu sur la commune, quatre hors commune, cinq pour un feu de forêt », se souviennent-ils. Parmi les événements qui ont marqué les générations de pompiers, la rupture du barrage de Malpasset en 1959 reste gravée dans toutes les mémoires. Les primo-intervenants présents ce jour-là ont raconté une nuit de cauchemar. Le froid, l’obscurité, les appels au secours qui résonnaient dans la vallée. « On a dû attendre près d’une heure que les eaux baissent sans pouvoir intervenir. On a secouru un militaire réfugié dans un platane. Il tremblait de tous ses membres. »
Un métier qui a évolué
Le métier a beaucoup changé. La lutte contre les incendies aussi : « Avant, on allait chercher le feu pour l’éteindre, sans toujours mesurer les risques. Aujourd’hui, on fonctionne différemment. La protection est une priorité. » Pour toute intervention, « on savait quand on partait, mais pas quand on rentrait. On dormait où on pouvait. Il y en a un, un certain Serge Zamari, qui a même dormi sur une échelle placée à l’horizontale, installée en hauteur. »
Ils ont connu l’époque où tenues et équipements étaient rudimentaires. Les étés étaient synonymes de danger tout comme aujourd’hui. À la fin des années 1980, l’ancienne route de Sainte-Maxime était même considérée comme l’une des plus dangereuses de France ! Devant le grand nombre d’accidents, des mesures concrètes ont été prises. « C’est l’opération Primevère. L’idée était d’être visible aux abords des endroits dangereux et d’améliorer les liaisons radio entre les ambulances des pompiers et l’hôpital. »
Des moments de convivialité essentiels
Dans une carrière marquée par des interventions parfois tragiques, les moments de convivialité étaient essentiels. Les banquets de la Sainte-Barbe occupaient une place à part. Le premier s’est tenu en 1954. Ces rendez-vous permettaient de souffler, de rire et de renforcer les liens entre collègues. Les plaisanteries ne manquaient pas non plus : « Un jour, on a annoncé à la radio une intervention avec 25 morts ! C’était en réalité des moutons ! »
Les anciens se réjouissent également d’avoir contribué à former plusieurs figures importantes parmi les forces de secours. « Le Contrôleur général Eric Grohin est passé par là. Il est maintenant Directeur départemental du service d’incendie et de secours du Var ! Et Philip Tosello est aujourd’hui directeur de l’ECASC, école d’application de sécurité civile de Valabre. »
Au-delà des interventions
Au-delà des interventions, ils gardent en mémoire les incalculables témoignages de gratitude reçus au fil des années. Lettres de remerciement, « cigares », produits alimentaires… Autant de marques d’attention qui donnaient du sens à leur engagement. Dans les conversations reviennent aussi les grands événements qui ont marqué l’histoire locale : le crash d’un avion militaire dans le sud des Maures en 1954 ou encore le gigantesque incendie de 1962, parti du quartier des Pinèdes jusqu’à Saint-Aygulf, qui mobilisa les secours du 8 août à midi jusqu’au 13 août à 20 heures. Les noms du sapeur Magri ou du docteur Prim ressurgissent également au fil des souvenirs. Un livre très documenté retrace leur histoire de 1858 à 1982. Qui pour écrire la suite ?
Au programme le 6 juin
Le 6 juin, auront lieu les festivités à l’occasion des 100 ans de la création du corps des pompiers du Muy. Elles se tiendront de 9 h à 17 h sur le parking du Roucas et les jardins du moulin de la Tour. Au programme de cette journée destinée principalement aux enfants mais qui saura également satisfaire les parents : ateliers ludiques, activités physiques et découverte de l’univers des sapeurs-pompiers, soirée festive avec concert et restauration à 19 h et feu d’artifice à 22 h 15. Une exposition de véhicules sera installée, assez rarement visibles pour certains, à l’instar de ceux appartenant aux équipes risques chimiques ou encore ceux intervenant en milieux périlleux, explique le chef de centre, le lieutenant hors classe Jérôme Berthet. Huit mois de préparation ont été nécessaires aux détails de cette journée. « Nous sommes la première caserne à célébrer ce siècle d’existence avec la population varoise. Ce que l’on veut, c’est mettre des étoiles dans les yeux des enfants. »



