La Fête de l'Humanité, qui se tient à Brétigny-sur-Orge, a été le théâtre d'un duel à distance entre les deux principaux candidats de la gauche radicale pour l'élection présidentielle de 2027. Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel ont chacun prononcé un discours, vendredi 11 et samedi 12 septembre, devant leurs militants respectifs. L'objectif affiché pour le leader de La France insoumise (LFI) : récolter le vote communiste.
Mélenchon : un discours économique et social offensif
Devant une foule compacte qui débordait des allées autour du stand de LFI, Jean-Luc Mélenchon a développé les thématiques économiques et sociales de sa rentrée politique. Il a insisté sur la nécessité de débarrasser le budget de l'État des aides sans contrepartie au capital, et a appelé les travailleurs à inverser le rapport de force entre les classes sociales. Il a également critiqué les « fadaises de la main invisible du marché », une référence à l'économiste libéral Adam Smith.
Le candidat insoumis s'en est pris à Gabriel Attal, candidat de Renaissance, qui propose de remplacer le Code du travail par une « Constitution du travail » plus courte. Sous les chants « on va gagner » de ses partisans, il a lancé : « Qu'ils s'en aillent tous ». Jean-Luc Mélenchon a évité de mentionner ses adversaires de gauche, qu'il devance dans les sondages, et a vanté le sérieux de son organisation : « Nous sommes le contraire des amateurs. Nous sommes formés, éduqués, instruits, organisés, disciplinés. »
Roussel : un projet résolument communiste
Fabien Roussel, qui a officialisé sa candidature le week-end dernier, a tenu son premier meeting de campagne depuis la scène principale de la Fête de l'Humanité. Devant une foule où quelques « Roussel président » ont été entendus, il a déroulé un projet communiste assumé : nationalisations, appels à la mobilisation populaire, et le renvoi du patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, devant le tribunal. « Nous voulons nous réapproprier notre outil de production », a-t-il déclaré, avant d'appeler à « nationaliser une grande banque pour financer l'économie » française. « Nous voulons le beurre et l'argent du beurre », a-t-il résumé.
Le maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) a également investi le thème de la dette de la France, la qualifiant d'« énorme machine à faire taire les peuples ». Le porte-parole du PCF, Léon Deffontaines, a assuré vendredi devant la presse : « Sur les questions économiques et sociales, on sera plus à gauche et radical que Jean-Luc Mélenchon. »
Des relations tendues entre les deux camps
La candidature communiste autonome reste un sujet de friction avec LFI. En 2022, Jean-Luc Mélenchon avait terminé au premier tour avec 21,95 % des voix, loin devant les 2,28 % de Fabien Roussel. Les insoumis accusent cette candidature d'avoir privé leur champion d'un second tour face à Marine Le Pen, qui n'avait que 420 000 voix d'avance. Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a déclaré à l'AFP : « En 2022, la base militante communiste était contente de retrouver de la visibilité. Mais cette année, je ne ressens aucun enthousiasme autour de la candidature de Fabien Roussel. »
Jean-Luc Mélenchon juge pour sa part en privé : « Roussel, ça va se régler rapidement. Il invisibilise le PCF. » Les relations entre les deux camps, autrefois alliés au sein du Front de gauche, restent donc marquées par la méfiance et les désaccords de ligne politique, alors que l'élection présidentielle de 2027 se profile.



