La journaliste Xenia Fedorova, connue pour ses reportages d'investigation, a été brutalement écartée des rédactions du groupe Bolloré, selon des sources internes. Cette expulsion, survenue en juillet 2025, illustre ce que les syndicats qualifient de « politique de silenciation systématique » au sein des médias du magnat breton. La direction n'a pas officiellement commenté, mais des témoignages anonymes évoquent une pression constante pour aligner le traitement de l'information sur les intérêts du groupe.
Une journaliste indésirable
Xenia Fedorova, 38 ans, avait rejoint la rédaction de CNews en 2020, après un passage à France 24. En mars dernier, elle avait cosigné une tribune dénonçant le manque de pluralisme dans les médias français, ce qui lui aurait valu des remontrances. Selon la Société des journalistes (SDJ) de CNews, sa « mise à l'écart brutale » sans préavis ni motif valable constitue une atteinte aux droits fondamentaux des journalistes.
Le silence comme directive
« On nous a clairement fait comprendre que certains sujets étaient tabous, en particulier tout ce qui touche aux affaires de Vincent Bolloré », confie un journaliste de la rédaction sous couvert d'anonymat. « Depuis l'affaire Fedorova, la consigne est de ne pas évoquer son départ. Le silence est d'ordre. » Ce climat de peur semble s'installer durablement, avec des démissions en série et une autocensure croissante.
Un précédent inquiétant
Cette expulsion n'est pas un cas isolé. En 2024 déjà, le groupe Bolloré avait été épinglé par Reporters sans frontières (RSF) pour avoir licencié trois journalistes jugés trop critiques envers la direction. Selon l'ONG, la France a perdu deux places dans le classement mondial de la liberté de la presse en 2025, passant de la 34e à la 36e position, en partie à cause de ces pratiques. « C'est une censure brutale qui n'a pas sa place dans une démocratie », a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.
Réactions politiques
Plusieurs députés de gauche ont interpellé le gouvernement sur cette affaire. « L'expulsion de Xenia Fedorova est un signal alarmant pour la liberté d'expression en France. Nous demandons une enquête parlementaire sur les pratiques des groupes médiatiques », a tweeté le député LFI Éric Coquerel. De son côté, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a simplement rappelé que « la liberté de la presse est un principe constitutionnel ».
L'impact sur l'audiovisuel
Cette affaire intervient dans un contexte de concentration des médias. Le groupe Bolloré, via Vivendi, contrôle désormais CNews, Europe 1, le JDD, et plusieurs autres titres. Les critiques dénoncent un empire médiatique au service des intérêts politiques et économiques de son propriétaire, au détriment du pluralisme. Fedorova, de son côté, a annoncé son intention de saisir les prud'hommes et de porter plainte pour licenciement abusif.
Un avenir incertain
La journaliste, désormais sans emploi, envisage de créer une plateforme d'information indépendante. « Je ne me tairai pas. Cette expulsion ne fera que renforcer ma détermination à dénoncer ces méthodes », a-t-elle confié à nos confrères de Mediapart. Son avocat, Me Emmanuel Ravanas, dénonce une « violation flagrante du droit du travail et de la liberté d'expression ».



