Les eaux brunes du Pays basque: enquête sur les microalgues Ostreopsis
Eaux brunes au Pays basque: enquête sur Ostreopsis

Depuis plus de cinq ans, chaque été, les eaux du littoral basque se parent d'une teinte brune, formant des nappes qui dérivent au gré des courants. Simultanément, des irritations respiratoires touchent les usagers, conduisant à des fermetures préventives de plages par les autorités locales. En juillet 2026, plusieurs plages du Pays basque ont de nouveau été fermées. Les chercheurs de Sorbonne Université, Eva Ternon et Rodolphe Lemée, étudient ce phénomène encore méconnu.

Les microalgues: des organismes essentiels mais parfois nocifs

Un litre d'eau de mer contient des milliards de virus, des millions de bactéries et des milliers de microalgues. Ces organismes unicellulaires végétaux réalisent la photosynthèse grâce à des pigments comme la chlorophylle et les caroténoïdes, leur donnant des couleurs variées. Lorsque la concentration dépasse plusieurs centaines de milliers de cellules par litre, l'eau prend la couleur de leurs pigments. Les eaux brunes du Pays basque résultent de la production majoritaire de peridinine par l'espèce de microalgue qui prolifère : Ostreopsis.

Les efflorescences microalgales sont communes et essentielles à la pompe biologique océanique, fixant le CO2 atmosphérique. Mais en milieu côtier, certaines espèces, notamment les dinoflagellés, peuvent être toxiques. Outre la toxicité par consommation de produits de la mer, de nouvelles formes de toxicité émergent, comme des dermatites au Sénégal et dans les Caraïbes, ainsi que des irritations respiratoires documentées dans de nombreuses régions du monde, dont le Pays basque.

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Ostreopsis au Pays basque: une colonisation récente

Depuis 2019, deux microalgues du genre Ostreopsis ont colonisé le littoral basque : Ostreopsis sp.9 (encore non nommée) et Ostreopsis cf. ovata. Ces espèces benthiques se développent au fond de l'eau, mais une partie des cellules se détache pour former des amas mucilagineux en surface. Avec des concentrations estivales atteignant jusqu'à 600 000 cellules par litre, selon les mesures réalisées dans la Communauté d'agglomération du Pays basque, l'eau prend une coloration brune localisée aux endroits où les amas se forment. Ces amas peuvent s'accumuler le long du littoral, formant de larges nappes brunes qui dérivent vers le large au gré des courants.

Les conditions optimales pour Ostreopsis sont bien connues grâce aux études en Méditerranée, où elles prolifèrent depuis vingt ans : une température supérieure à 21 °C, des eaux calmes et peu profondes, et la présence d'un substrat rocheux ou macroalgal. La topographie rocheuse du plancher sous-marin des plages basques, qui forme à marée basse des zones calmes peu profondes avec un fort couvert macroalgal, joue un rôle clé. Le territoire connaît ainsi deux à trois efflorescences par été depuis cinq ans.

Plusieurs hypothèses, non vérifiées, expliquent cette installation, la plus plausible étant un transport de cellules par les courants depuis des régions plus au Sud, voire de Méditerranée. La durée moyenne d'une efflorescence est de 20 jours : une phase exponentielle de croissance d'une à deux semaines, une phase stationnaire de quelques jours où les fortes concentrations se maintiennent, puis un déclin accéléré par le vent, les vagues et les courants.

Impact sanitaire et seuils de fermeture

À l'été 2025, de nombreuses plages du Pays basque ont successivement fait l'objet d'efflorescences. La plage d'Erromardie a été la première dès début juillet, mais c'est à la plage du Port Vieux à Biarritz que les plus fortes concentrations ont été enregistrées : 600 000 cellules par litre au 15 juillet 2025. En juillet 2026, les premières fermetures de plages de la saison ont déjà eu lieu.

Parallèlement, des cas d'irritations de la sphère ORL ont été enregistrés : toux, rhinite, symptômes grippaux ou gastriques chez les personnes exposées aux embruns marins. En 2023, l'Anses a recommandé la fermeture des plages au-delà d'un seuil de 100 000 cellules par litre d'eau de mer, nécessitant un suivi régulier des concentrations par les autorités locales. Bien que la relation exacte entre cellules et symptômes soit encore mal connue, de fortes concentrations sont concomitantes avec l'apparition des symptômes.

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Mécanismes de toxicité en cours d'étude

Le lien entre les proliférations d'Ostreopsis et la toxicité des embruns marins n'est pas encore compris, et constitue l'un des objectifs du projet INTERREG Ostreobila. Plusieurs hypothèses sont étudiées pour rattacher les symptômes aux efflorescences, impliquant un transfert mer-air de molécules : les phycotoxines (ovatoxines) expulsées via les embruns, des protéines inflammatoires constitutives de la cellule, ou des gaz non identifiés émis à des concentrations importantes. Il n'est pas exclu qu'une combinaison de ces composés, ou d'autres produits issus de réactions atmosphériques secondaires, soit à l'origine des irritations.

La microalgue Ostreopsis n'a pas encore révélé tous ses secrets. De nouveaux projets de recherche ont été financés pour déterminer les mécanismes à l'origine des effets sur la santé humaine. Les chercheurs de Sorbonne Université continuent leurs investigations pour mieux comprendre ce phénomène qui impacte chaque été le littoral basque.

Cet article est réalisé par The Conversation et hébergé par 20 Minutes.