Les années bordelaises d'Emmanuel Grégoire : un portrait du futur maire de Paris
Emmanuel Grégoire à Bordeaux : portrait du futur maire de Paris

Les années bordelaises d'Emmanuel Grégoire : un portrait du futur maire de Paris

De ses deux années sur le campus bordelais, ceux qui l'ont côtoyé dressent le portrait d'un jeune homme extrêmement travailleur, partagé entre les lettres et l'entrepreneuriat. C'était le Bordeaux d'avant, pas tout à fait réveillé, celui sans tramway aux façades souvent grisonnantes. Pour se rendre sur le campus, les étudiants prenaient le bus City U ou partageaient un covoiturage. Emmanuel Grégoire n'avait pas encore de VCub pour rejoindre l'Institut d'études politiques, l'ancien nom de Sciences Po Bordeaux, où le collégien originaire de Jonzac a effectué ses études supérieures.

Un parcours académique atypique

Après une classe préparatoire au lycée Montaigne, Emmanuel Grégoire intègre l'école bordelaise en deuxième année sans passer par la case départ. Une entrée directe avec ce choix étonnant de la section Ecofi, celle que la jeunesse de gauche regarde parfois avec méfiance. Nous étions les vendus au grand capital ! s'amuse Mathieu Gallet, camarade de promotion devenu ensuite patron de Radio France, avant d'ajouter : Emmanuel avait déjà des convictions de gauche sans pour autant avoir peur de l'économie de marché.

L'étudiant mène de front son cursus à Sciences Po et une licence en philosophie. Il fallait tenir... juge presque trente ans plus tard une ancienne camarade. Jean Petaux, qui lui enseignait la culture générale, se souvient : À l'époque, 80% de nos élèves se retrouvaient dans la gauche plurielle et humaniste. En Ecofi, certains, plus libéraux, se classaient plutôt à droite. Ce n'était pas le cas d'Emmanuel avec son substrat de khâgneux, de philosophe.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un militant discret mais déterminé

Jean Petaux parle d'un élève moteur, sans être visiblement un leader charismatique. Beaucoup de la promotion 1999 ont du mal à se le remémorer distinctement. C'est diffus, admet l'un d'entre eux. Émilie Coutanceau, aujourd'hui dans l'équipe de direction de la Région Nouvelle-Aquitaine, s'occupait de l'Unef au sein de l'école. C'était un compagnon militant comme on dit, sans être en première ligne, confie-t-elle. Je me remets des conversations où il essayait de suivre, de comprendre où étaient les enjeux.

On brosse surtout le portrait d'un bosseur : Quelqu'un de très focus sur le boulot, la charge de travail avec une dimension autour de la culture générale vraiment développée, se souvient Émilie Coutanceau. Pas forcément le mec le plus rigolard mais sympa, sérieux, rigoureux, appuie Mathieu Gallet. Il ne se la pétait pas, ajoute Jean Petaux.

Un contexte politique euphorique

Ses années bordelaises se placent dans un contexte particulièrement politique. Nous étions dans un moment très politique, marqué par le retour de la gauche au pouvoir, met en perspective Mathieu Gallet. 1998-1999, ce sont les meilleures années du gouvernement Jospin avec la fameuse dream team autour de Strauss-Kahn ou d'Aubry, resitue Jean Petaux. C'est le temps de la Coupe du monde, de la cagnotte fiscale. Une époque assez étonnante.

À Bordeaux, Emmanuel Grégoire atterrit au début des années Juppé. Il se rappelait en 2024 s'être démarqué du microcosme bordelais : Arrivant de Jonzac, élevé dans une famille communiste, j'étais très éloigné de la mairie, je ne fréquentais pas du tout les lieux ou acteurs du pouvoir local.

Une méritocratie républicaine

Un fait partagé par tous : personne ne le voyait grimper aussi loin. Étudiant, on ne pouvait pas encore dire qu'il allait faire quelque chose de grand, confirme Jean Petaux, qui juge pour autant son parcours exceptionnel et qui lui ressemble. Il a toujours voulu s'accrocher à quelque chose, dit-il. Il a tout de même fondé sa boîte à 20 ans sans être un fils de. Il a eu la niaque. S'il est exemplaire, c'est par son parcours de méritocratie républicaine.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Émilie Coutanceau ne s'y attendait pas non plus. Mais une fois qu'il a mis le pied dans cet environnement politique parisien, aussi concurrentiel soit-il, avec sa capacité de travail, son analyse plutôt subtile et fine des choses, c'était possible. Car il sort du lot. Je pense qu'il sort du lot, répète-t-elle, soulignant ainsi le parcours singulier de celui qui allait devenir maire de Paris.