Édouard Philippe : le moins mauvais candidat pour 2027 ?
Édouard Philippe : le moins mauvais candidat ?

À moins de deux ans de l'élection présidentielle de 2027, Édouard Philippe s'impose dans les enquêtes d'opinion comme le candidat potentiel le mieux placé, mais son statut de "moins mauvais candidat" révèle une équation politique particulièrement délicate. L'ancien Premier ministre, qui a quitté Matignon en 2020 pour fonder son mouvement Horizons, bénéficie d'une cote de popularité solide, mais son bilan gouvernemental et son positionnement politique suscitent des réserves au sein même de son camp.

Une popularité paradoxale

Selon un sondage Ifop-Fiducial pour Le Point, réalisé en janvier 2025, Édouard Philippe recueille 34 % d'intentions de vote au premier tour, devançant Marine Le Pen (28 %) et Jean-Luc Mélenchon (15 %). Cette avance, bien que nette, masque une fragilité structurelle : l'ancien maire du Havre n'arrive en tête que parce que son électorat potentiel est moins hostile que celui de ses concurrents. Comme le souligne le politologue Jérôme Sainte-Marie, "Édouard Philippe incarne le choix par défaut d'un électorat modéré qui ne trouve pas de candidat à sa convenance".

Cette situation n'est pas nouvelle. Déjà en 2022, l'ancien Premier ministre apparaissait comme une solution de repli pour les électeurs de droite déçus par la candidature de Valérie Pécresse. Mais son bilan à Matignon, marqué par la réforme des retraites et la crise des Gilets jaunes, continue de peser sur son image. Un récent baromètre Elabe montre que 52 % des Français jugent son action gouvernementale "plutôt mauvaise", un chiffre qui contraste avec sa popularité personnelle.

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Les divisions de la droite

Au sein de la droite, la stratégie d'Édouard Philippe est perçue comme ambiguë. D'un côté, il revendique son héritage de la majorité présidentielle, mais de l'autre, il multiplie les signaux d'indépendance, comme sa prise de position sur la proportionnelle ou son appel à une "nouvelle offre politique". Cette équilibrisme agace les ténors de LR, qui y voient une tentative de capter l'électorat de droite sans en assumer les codes. Le député LR Olivier Marleix, cité par Le Point, estime que "l'ancien Premier ministre joue un double jeu qui ne trompe personne".

Cette défiance s'explique par des divergences programmatiques réelles. Sur l'immigration, Édouard Philippe défend une ligne modérée, proche de celle d'Emmanuel Macron, là où une partie de la droite plaide pour des mesures plus restrictives. De même, sur les retraites, il assume la réforme de 2023, qu'il avait portée à Matignon, tandis que plusieurs candidats potentiels de droite proposent un retour en arrière. Ces positions le rendent vulnérable aux attaques venues de son propre camp.

Une stratégie de l'attente

Face à ces contradictions, Édouard Philippe semble privilégier une stratégie de l'attente. Selon des proches cités par Le Point, il ne se déclarera pas avant l'automne 2026, laissant le temps à la macronie de s'essouffler et aux divisions de la droite de s'accentuer. Cette prudence est dictée par une analyse froide : si une primaire à droite était organisée, il partirait avec un handicap structurel, son rival potentiel Laurent Wauquiez bénéficiant d'un ancrage partisan plus solide.

Cette stratégie comporte toutefois des risques. En attendant trop longtemps, il pourrait laisser le champ libre à d'autres candidats de la majorité, comme Gérald Darmanin ou Bruno Le Maire, qui n'ont pas renoncé à leurs ambitions. De plus, son image de "moins mauvais candidat" pourrait se retourner contre lui si un autre profil émergeait, capable de rassembler au-delà de son socle électoral.

Une équation incertaine pour 2027

L'équation d'Édouard Philippe pour 2027 est donc doublement difficile. D'abord, il doit convaincre qu'il n'est pas simplement un recours par défaut, mais un projet crédible. Ensuite, il doit composer avec un paysage politique fragmenté, où la droite traditionnelle est en recomposition et où le centre macroniste est affaibli. Les prochaines échéances électorales, notamment les municipales de 2026, serviront de test grandeur nature pour mesurer sa capacité à fédérer.

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En attendant, l'ancien Premier ministre soigne son image, multipliant les déplacements en province et les interventions médiatiques. Mais les observateurs restent prudents. Comme le résume le sondeur Frédéric Dabi, "la popularité d'Édouard Philippe est réelle, mais elle ne se transforme pas automatiquement en capital électoral". L'avenir dira si cette équation du "moins mauvais candidat" se résoudra en sa faveur ou si elle se révélera être une impasse.