La stratégie d'alliance de Bardella se heurte au refus catégorique de la droite
Jordan Bardella se donne énormément de peine, cela ne fait aucun doute. Depuis plusieurs mois, le président du Rassemblement national multiplie les signaux en direction de la droite traditionnelle. Il tisse des éloges à l'égard de Nicolas Sarkozy, épargne la candidature du fils de l'ancien président à Menton – une ville pourtant très prisée par le RN – et met en avant sa fibre libérale auprès des patrons. Ce dimanche, depuis la commune frontiste de Beaucaire, il a officiellement tendu la main "aux listes de droite sincères, aux listes indépendantes et à tous ceux qui refusent le désordre de l'extrême gauche et la dissolution dans le macronisme".
Une rupture avec la tradition lepéniste
En rompant avec la doctrine historique du "ni droite, ni gauche", le potentiel candidat à la présidentielle espérait initier des alliances locales entre listes de droite et listes RN. L'objectif avoué était de faire céder le fameux front républicain. Mais l'opération s'est soldée par un échec retentissant. À l'exception notable de Reims, où la candidate RN Anne-Sophie Frigout a conclu une alliance avec un dissident LR – immédiatement exclu du parti –, aucune liste des Républicains n'a saisi la perche tendue.
Pire encore, Bruno Retailleau, le président de LR, a appelé dimanche à un grand rassemblement des électeurs de droite pour "battre la gauche et le Rassemblement national". Geoffroy Didier, secrétaire général du parti, a été encore plus clair sur France Info : les élus qui s'allieraient avec l'extrême droite s'exposeraient à des sanctions. "Nous ne sommes pas extrémistes, ni extrême droite, ni extrême gauche", a-t-il martelé.
L'espoir déçu des frontistes
Pourtant, cette fois-ci, les militants du RN y croyaient un peu. Malgré le front républicain massif des législatives de juin 2024, ils espéraient que le ralliement d'Éric Ciotti, le travail de terrain de son parti l'UDR et d'autres micro-structures serviraient de tremplin. "Il y a une vraie stratégie de discussion avec LR dans le Sud, assurait cet hiver un cadre frontiste plein d'espoir. Cette fois-ci, ça pourrait bien céder dans plusieurs endroits." Mais non. Même à Nîmes, où le candidat RN Julien Sanchez nourrissait de réels espoirs, son appel est resté sans réponse. "Que la moule s'accroche au rocher comme ça chez LR, ça me paraît absurde", déplore un cadre RN.
La droite dénonce une hypocrisie stratégique
Du côté des Républicains, on rétorque vertement. "Ils veulent faire croire que la droite a besoin d'eux, mais ce n'est pas vrai. La réalité, c'est que la plupart du temps, nous sommes en concurrence avec eux, comme à Toulon", explique-t-on dans les rangs LR. Dans le Var, où la candidate RN Laure Lavalette était favorite, le candidat LR s'est retiré au profit d'une autre liste de droite pour faire barrage à la frontiste.
L'entourage de Bruno Retailleau accuse Jordan Bardella de jouer un rôle calculé : tendre une main qu'il sait être refusée, tout en maintenant toutes ses listes, une stratégie qui pourrait favoriser la gauche dans certaines villes. "S'ils étaient vraiment sincères, ils appelleraient à voter pour les candidats de droite là où ils ne sont pas arrivés au second tour. Ce sont des hypocrites, ce n'est qu'une tactique de com'", assène-t-on chez LR.
Un enjeu de survie pour Les Républicains
La droite joue en réalité sa survie. Plus que par réticence morale, c'est par un puissant instinct de conservation qu'elle ferme la porte à toute alliance. Les listes LR, bien qu'encore présentes dans de nombreuses communes, voient l'implantation du RN gagner du terrain partout en France. Ouvrir la voie à des alliances reviendrait, à terme, à creuser leur propre tombe.
"Si on se maintient, on gèle nos voix, sinon on ouvre un réservoir de voix vers le RN", analyse un cadre local. Car si les appareils politiques restent étanches, un glissement des électeurs de droite vers le vote RN est de plus en plus perceptible, particulièrement dans le quart Sud-Est. Un sondage Ipsos publié ce lundi est révélateur : 64 % des électeurs LR se disent favorables à une alliance de second tour avec l'extrême droite. Un chiffre qui illustre le fossé grandissant entre la base et la direction du parti.



