L'UEFA, instance dirigeante du football européen, a annoncé jeudi 30 juillet 2026 que ses 55 fédérations membres rejettent unanimement et sans équivoque la proposition de la Fifa de transférer des parts de propriété de la Coupe du monde et des autres compétitions à des investisseurs privés. À l'issue d'une réunion d'urgence, l'UEFA menace explicitement de boycotter les prochaines compétitions de la Fifa, y compris la Coupe du monde féminine 2027 au Brésil (24 juin – 25 juillet).
Une menace sans précédent
« À la suite de la discussion d’aujourd’hui, aucune équipe nationale de l’UEFA ne participera à aucune compétition de la Fifa tant que ces propositions resteront d’actualité », a conclu l’instance européenne dans un communiqué. Cette position ferme intervient après la présentation surprise mardi par la Fifa de son projet baptisé Fifa Forward Enterprise (FFE), une société chargée de gérer les activités commerciales (diffusion, sponsoring, billetterie, licences) et événementielles (Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, etc.).
La FFE serait ouverte à des investisseurs privés, qui resteraient minoritaires selon la Fifa, dans le but d’augmenter les revenus du football mondial. Cette manne financière, affirme l’instance, profiterait aux fédérations pour financer le développement du football. Cependant, l’UEFA dénonce une marchandisation du sport et un manque de transparence.
« Gouvernance par la peur »
« Il est irresponsable et indéfendable qu’une proposition avec un tel impact sur le football ait été conçue en secret », a réagi l’UEFA jeudi. « Ce n’est pas une décision démocratique, mais la gouvernance par la peur », a-t-elle ajouté, visant la date limite du 19 septembre fixée par le président de la Fifa, Gianni Infantino, pour que les 211 fédérations membres se prononcent sur le projet. Cette échéance a été révélée par une lettre d’Infantino aux fédérations, relayée par plusieurs médias.
Le président de la Fifa avait défendu le projet mercredi en le présentant comme « une opportunité, mais pas une obligation » et en affirmant qu’il s’inscrit « dans le cadre d’un processus démocratique ». Mais les critiques, notamment européennes, fusent sur fond de soupçons de conflits d’intérêts, la famille Trump étant citée parmi les investisseurs potentiels.
Soutien politique et réactions internationales
Le commissaire européen chargé des Sports, Glenn Micallef, a apporté son « soutien plein et entier » à la position de l’UEFA dans un message sur X, se disant « fier de voir les fédérations de football européennes montrer la voie en matière de gouvernance, rester fermes sur leurs principes et défendre l’intégrité du jeu ».
De leur côté, les confédérations nord-américaine (Concacaf) et asiatique (AFC) ont regretté que le projet ait été rendu public sans consultation préalable de leurs membres, sans se prononcer sur le fond. La Confédération africaine de football (CAF) s’est montrée moins critique, appelant ses associations à « examiner » et « évaluer » le projet.
Un processus décisionnel contesté
Pour lancer la Fifa Forward Enterprise, l’instance mondiale nécessite le soutien de la majorité de ses 211 fédérations membres, ainsi qu’une approbation du Conseil de la Fifa, son principal organe décisionnel. L’UEFA, qui regroupe 55 fédérations, pèse donc lourd dans ce vote. La crise actuelle pourrait rebattre les cartes du football mondial si les menaces de boycott se concrétisent.



