Gabriel Attal révèle les coulisses de la dissolution et ses doutes dans son livre
Attal révèle les coulisses de la dissolution dans son livre

Gabriel Attal se dévoile dans un récit politique et personnel

L'écriture d'un livre constitue-t-elle un passage obligé pour tout prétendant sérieux à la présidentielle ? Gabriel Attal n'a pas échappé à cette tradition. Avec En homme libre (Éditions de l'Observatoire, disponible en librairie le 23 avril), celui qui s'apprête à officialiser sa candidature donne d'abord corps à son projet politique. Dans ce récit profondément personnel, l'ancien Premier ministre retrace les étapes marquantes de son ascension, évoque son enfance, ses succès et ses échecs.

Excellent communicateur et omniprésent dans les médias, le trentenaire demeure néanmoins une énigme pour de nombreux Français. Cet ouvrage représente donc pour le patron de Renaissance l'occasion de se révéler, de dévoiler ses ambitions et de tracer sa propre voie après dix années au cœur du pouvoir macroniste. « Les souvenirs, les épreuves, les rencontres : tout me pousse à agir », écrit-il, manifestant son impatience de bouleverser l'ordre établi. « Tout a changé, tout doit s'adapter. »

Les révélations sur la dissolution surprise

Pour la première fois, l'idée de dissolution m'a été évoquée par Gérald Darmanin lors d'un tête-à-tête. Sur le moment, cette proposition m'a paru tellement saugrenue que je ne l'ai pas prise au sérieux.

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Le mardi 4 juin, lors de notre réunion hebdomadaire avec le président de la République, j'ai abordé les élections européennes : « Dimanche, nous allons perdre les élections européennes, il faudra réagir vite. » J'ai suggéré un remaniement gouvernemental, ce qu'Emmanuel Macron a noté sur son bloc-notes en me demandant des propositions.

J'ai également proposé au président de consulter les Français chaque année jusqu'à la fin de son quinquennat via des référendums. Il a semblé intéressé par l'idée et m'a interrogé sur la méthode.

Alors que la réunion touchait à sa fin, j'ai voulu en avoir le cœur net : « Bon, sinon, on m'a parlé d'une dissolution. » Le président a levé les yeux de son bloc-notes un court instant, puis a levé les yeux au ciel en faisant « pffffff » de la bouche. À ce moment-là, j'ai interprété ce geste comme un rejet de l'idée, ce qui m'a rassuré. J'ai compris plus tard qu'il signifiait probablement : « Pffffff, mais pourquoi on t'en a parlé, alors que ça devait rester secret ? »

Les jours précédant l'annonce

Dans les jours suivants, rien ne m'a laissé présager la décision qui allait être prise. Le samedi 8 juin au soir, lors d'un dîner d'État en l'honneur de Joe Biden, j'ai remarqué que « I Will Survive » de Gloria Gaynor figurait au programme musical. « Ça, c'est une chanson pour le Premier ministre demain soir ! » ai-je osé, déclenchant les rires de l'assistance.

En attendant que le président termine ses discussions, j'ai croisé Bruno Roger-Petit, son conseiller. Je lui ai demandé son avis sur ce que je devrais dire après les résultats. Il m'a répondu avec un sourire narquois : « Tu verras qu'à ce moment-là, tu ne te poseras plus la question. » Puis il a ajouté cette phrase cryptique : « Demain soir, ce sera Marc Bloch qui rencontre la fête de la Fédération. »

Le choc du 9 juin

Dès le matin du 9 juin, le président ne répondait plus à mes appels ni à mes messages, ce qui était inhabituel. J'ai raconté à mon équipe mes conversations de la veille. La dissolution revenait dans les hypothèses, mais personne n'osait croire à une telle folie.

J'ai décidé de lui écrire à nouveau, prétextant une conférence téléphonique avec les porte-parole de la majorité. Deux heures plus tard, il m'a répondu : « Oui je t'appelle. Décale ta réunion je pense. » À 18 heures, ni mon équipe ni moi n'avions encore eu de contact avec l'Élysée, hormis ce message laconique.

C'est à ce moment que mon conseiller en communication a appris que l'Élysée venait de convoquer une équipe de TF1 pour diffuser une déclaration le soir même. « Ça commence à y ressembler, à la dissolution... », ai-je lancé, avant qu'un de mes conseillers ne tente de nous rassurer : « C'est peut-être pour annoncer les référendums que tu lui as proposés ? »

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À 18 h 30, le téléphone de mon directeur de cabinet, Emmanuel Moulin, a sonné. Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Élysée, était à l'autre bout du fil. Après une minute, Emmanuel Moulin s'est approché de moi et a conclu l'appel en disant : « Alexis, il est à deux mètres de moi, je ne peux pas ne pas lui dire. » Il a raccroché et lâché : « C'est la dissolution. »

L'appel présidentiel et la réunion gouvernementale

À 18 h 45, mon téléphone a enfin sonné. Le président de la République m'appelait. Sur le moment, j'ai eu le sentiment d'être l'un des premiers en dehors de l'Élysée à être informé de cette décision. J'ai appris plus tard que la décision avait déjà été partagée à plusieurs personnalités tout au long de la journée. Même le journaliste Pascal Praud s'est vanté d'en avoir été informé avant le Premier ministre !

Au bout du fil, le président a enchaîné les arguments qui ne me convainquaient pas : les oppositions seraient surprises, la gauche serait divisée... Il a ajouté un dernier argument auquel je ne m'attendais pas : selon lui, Jordan Bardella était fatigué de sa campagne européenne et n'arriverait pas à assumer celle des législatives.

À 22 heures, je suis retourné à l'Élysée. Emmanuel Macron avait convoqué une réunion de l'ensemble du gouvernement. L'atmosphère était lourde et, déjà, le président n'avait plus le même comportement. Il était très tendu, manifestement en colère. Il a chassé l'équipe de production de la salle. Rétrospectivement, je crois qu'à ce moment, à peine deux heures après sa déclaration, il avait déjà réalisé la difficulté de la situation.

Le président a pris la parole et nous a expliqué que si nous avions eu un mauvais résultat aux élections européennes, c'était parce qu'il ne s'était pas impliqué personnellement dans la campagne. C'était donc une nouvelle campagne présidentielle qui commençait, a-t-il déclaré, et il s'y investirait à fond. Il serait partout, nous a-t-il annoncé, et ferait au moins trois événements de campagne par semaine, comme un chef de la majorité.

Je n'ai pas pris la parole dans cette réunion. Je me suis contenté de regarder les visages des membres du gouvernement qui semblaient stupéfaits, sidérés même, par un tel déni. Seuls Éric Dupond-Moretti et Rachida Dati ont pris la parole pour féliciter le président pour cette dissolution, l'encourager à s'investir à fond dans la campagne et rassembler à nouveau une majorité de Français. En sortant, un collaborateur du président est venu me voir : « Les députés doivent être contents, ils repartent en campagne. »

La nuit de réflexion à Souzy-la-Briche

Ce dimanche 9 juin, alors que je regardais le jardin de Matignon encore éclairé dans la nuit, j'ai éprouvé le besoin irrépressible de m'évader. J'avais besoin de couper, d'être seul, de réfléchir. J'ai pris quelques affaires en vitesse, embarqué ma chienne Volta, et suis parti vers Souzy-la-Briche, la résidence de villégiature de la République dans l'Essonne.

Arrivé dans le silence de la campagne de Souzy, je me suis senti seul pour la première fois depuis bien longtemps. J'ai décidé d'aller marcher dans le parc. J'ai été saisi par la beauté du ciel, loin des lumières de la ville. Après quelques pas, je suis arrivé devant la chapelle du domaine. Cette petite chapelle de pierres grises est posée au milieu d'un lac artificiel. Il faisait sombre et seule la lune l'éclairait. M. et Mme Simon, les anciens propriétaires du château, reposaient à l'intérieur.

Là, à l'intérieur de la chapelle, il n'y avait plus un seul bruit. Même les sons de la nature semblaient se taire l'espace d'un instant. J'ai savouré ce moment de silence. Je me suis assis au sol et, très vite, je me suis senti envahi par un doute. La France était au bord de l'abîme, elle allait se déchirer, je le sentais et je ne pouvais m'y résoudre.

Pourquoi n'avais-je pas réussi à convaincre le président ? Comment, moi qui le voyais en tête à tête chaque semaine, n'avais-je pas vu grandir cette décision vraisemblablement prise depuis un certain temps ? Pouvais-je encore être utile au pays, moi qui n'avais pas réussi à empêcher l'une des décisions politiques les plus funestes de la Ve République ? Tout cela était aussi mon échec.

Je pensais à mon père, disparu brutalement en 2015 : son attachement viscéral à la République et sa lucidité me manquaient terriblement. Que me conseillerait-il ?

Cette nuit du 9 au 10 juin, vers 3 heures du matin, assis par terre dans cette chapelle, avec le couple Simon pour seuls interlocuteurs, je me demandais s'il ne fallait pas tout arrêter. Plusieurs heures durant, seul dans la pénombre, j'ai réfléchi au contenu de ma lettre de démission, qui serait aussi une lettre d'adieu à la politique.

Rattrapé par la fatigue, j'ai quitté la chapelle et me suis endormi immédiatement. C'est ma chienne Volta qui m'a réveillé quelques heures plus tard. Loin de tout, comme au bout du monde, je savais qu'à Matignon, mes équipes me cherchaient. Mais je préférais prendre un instant. Je ne voulais revenir que lorsque tout serait clair pour moi. Dans ce moment de grand trouble, je leur devais un cap.

Le retour à la réalité et la décision de combattre

Dans les médias aussi, les interrogations commençaient à monter sur les raisons de mon silence. En fin de matinée, j'ai décidé de rentrer à Matignon. Je dois avouer que j'avais toujours regardé d'un œil goguenard les personnalités politiques qui exposaient leurs doutes sur leur avenir en politique. Mais en ce 10 juin au matin, j'étais bien décidé à dire à mon équipe qu'il était temps pour moi de tirer ma révérence.

J'ai écrit directement à mon équipe : « J'arrive à Matignon dans une heure, demandez à l'Élysée un rendez-vous au président en tête à tête. » Et puis, sur le trajet, j'ai parcouru les centaines de messages reçus depuis la veille.

Ce qui m'a immédiatement sauté aux yeux, ce sont ces dizaines de messages reçus de députés de la majorité. Tous me demandaient la même chose : de me mettre à fond dans la campagne. Alors la réalité m'a rattrapé. À cet instant, je m'en suis voulu d'avoir hésité. Je m'en suis voulu et, pendant cette heure de trajet, je me suis ravisé : je partais au combat.

Le clash avec le président et la direction de campagne

Problème : l'Élysée ne répondait plus. Plus de son, plus d'image, plus rien ne sortait du Château et ma demande d'entretien avec le président ne rencontrait aucun écho. Ce silence médiatique commençait à inquiéter rue du Faubourg-Saint-Honoré, et les équipes du président se demandaient ce que je comptais faire.

À 18 heures, le secrétariat particulier du président a enfin contacté le mien, et rendez-vous m'a été donné quarante-cinq minutes plus tard à l'Élysée. J'ai décidé de dire au président que j'irais le lendemain au journal de 20 heures et que soit il me laissait mener la campagne, soit je considérerais que j'étais plus légitime comme chef de la majorité, et donc je démissionnerais.

Je crois qu'à date, ce rendez-vous est la seule conversation vraiment franche que j'ai eue avec le président de la République. Je crois que c'est la seule fois que j'ai eu le sentiment que l'on se parlait vraiment sans fard. Il faut dire que sa première phrase a donné le ton. À peine ai-je franchi les portes de son bureau qu'il m'a lancé : « Alors, il y a un problème ? »

Au cours de ce tête-à-tête, je lui ai dit ce que manifestement personne autour de lui n'osait lui dire. Le ton est monté de part et d'autre. Ce fut même houleux. Mais à la fin, il a été acté que ce serait bien moi qui mènerais la campagne législative. « Laisse-moi faire la conférence de presse de mercredi, elle est déjà annoncée. Ensuite je te laisse la main. On verra bien si tu en es capable », m'a-t-il dit au moment où je quittais son bureau. C'était sans doute sa manière de me souhaiter bonne chance.

Les réflexions sur le pouvoir et les relations personnelles

Dans son livre, Gabriel Attal aborde également d'autres aspects de son parcours et de ses convictions. Il évoque la promesse originelle du dépassement politique qui, selon lui, a été trahie par une discipline de fer imposée aux députés et un mépris affiché pour les corps intermédiaires.

Il revient sur son expérience à Bercy, où il a constaté que « notre classe politique est biberonnée à la dépense publique », critiquant notamment certains députés et sénateurs Les Républicains qui, selon lui, réclamaient constamment des dépenses nouvelles tout en s'opposant à toute forme d'économie.

Attal partage également des moments personnels poignants, comme la révélation de son homosexualité à son père sur son lit de mort, ou les conséquences de l'antisémitisme qu'il subit en raison de son nom de famille.

Il aborde enfin la conception « jupitérienne » du pouvoir qu'il critique, estimant qu'elle a conduit à se couper des acteurs de terrain et à renforcer une certaine arrogance politique.

En homme libre de Gabriel Attal (Éditions de l'Observatoire, 300 pages, 22 €) paraîtra le 23 avril. Cet ouvrage promet de jeter un éclairage nouveau sur les coulisses du pouvoir et le parcours d'une figure majeure de la vie politique française.