Les violences survenues lors de la mobilisation du 17 octobre 2026 pourraient rebattre les cartes de l'élection présidentielle de 2027. À six mois du premier tour, Frédéric Dabi, directeur de l'Ifop, estime que ces événements pourraient « solidifier le socle électoral » de Marine Le Pen tout en enrayant une partie de la dynamique favorable à Jean-Luc Mélenchon.
Un risque d'embrasement « inédit » sous la Ve République
Interrogé dimanche par l'AFP, Frédéric Dabi a qualifié la situation de « inédit total sous la Ve République ». Traditionnellement, six mois avant une élection, le pays « se calme, se modère et entre en conclave », observe-t-il. Or, cette fois, « il y a clairement un risque d'embrasement ».
Le sondeur identifie deux scènes distinctes : une arène politique où les candidats débattent et une arène sociale qui « ne les entend absolument pas ». Cette déconnexion s'explique par trois facteurs : une insatisfaction de l'offre électorale avec peu de candidats de renouvellement, un pessimisme record – 82 % des sondés dans la dernière étude Ifop fin août – et un enchaînement de crises (incendies, sécheresse, prix du carburant, conflits internationaux) qui n'a pas laissé au pays le temps de prendre du recul.
Un électorat de l'ordre conforté
Frédéric Dabi reste prudent sur l'impact électoral d'un événement à six mois du scrutin, mais il souligne que « ce qui s'est passé samedi relève du choc ». Les scènes de violences devraient conforter la France attachée à l'ordre, qui constate que « depuis 2016, il ne peut plus y avoir un seul mouvement social sans violences, ni pillages ». Cette France « ne supporte plus de voir des symboles de la République attaqués ».
Selon le directeur de l'Ifop, cela pourrait « en toute logique renforcer le socle électoral de premier tour de Marine Le Pen ». Il rappelle qu'en 2017, des électeurs rechignaient à voter pour la candidate du RN par crainte de désordres. « La violence est déjà là et ils ne sont plus dans cet état d'esprit », explique-t-il, ajoutant qu'ils pourraient désormais voir en elle une capacité à « remettre de l'ordre ».
Dans une moindre mesure, ces événements pourraient aussi profiter au candidat LR Bruno Retailleau, connu pour sa ligne ferme.
Mélenchon pénalisé pour le second tour ?
Jean-Luc Mélenchon ne devrait pas pâtir des images de violences sur son socle de premier tour, décrit comme « solide et fidélisé » auprès d'un électorat jeune et issu des quartiers populaires. En revanche, cela pourrait le gêner pour accéder au second tour, où il devra convaincre des électeurs du PS et de la social-démocratie.
Frédéric Dabi s'interroge également sur l'impact au sein du bloc central. Édouard Philippe et Gabriel Attal, anciens Premiers ministres d'Emmanuel Macron, affichent un discours de fermeté susceptible de satisfaire l'électorat attaché à l'ordre. Mais ils pourraient être pénalisés car tenus pour responsables du bilan du chef de l'État en matière d'insécurité, de délinquance et de maintien de l'ordre.