L'Assemblée nationale du Sénégal a adopté, le lundi 29 juin 2026, un projet de réforme constitutionnelle controversé par 121 voix pour, 23 contre et 5 abstentions. Ce texte, qui sera soumis à référendum, prévoit notamment le retour au septennat présidentiel et un renforcement significatif des pouvoirs du chef de l'État.
Les principales dispositions de la réforme
Le projet de loi constitutionnelle, présenté par le gouvernement du président Macky Sall, modifie plusieurs articles clés de la Constitution de 2001. Outre le passage du quinquennat au septennat, le texte instaure un scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour les élections législatives, remplaçant le scrutin proportionnel. Il supprime également le poste de vice-président, créé en 2019, et renforce les prérogatives du président en matière de nomination des hauts fonctionnaires et de dissolution de l'Assemblée.
Selon le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, cette réforme vise à "garantir une stabilité institutionnelle et à renforcer l'efficacité de l'action publique". Il a souligné que le septennat permettrait au président de disposer de plus de temps pour mettre en œuvre son programme, tandis que le scrutin uninominal favoriserait une meilleure représentativité des circonscriptions.
Une opposition virulente et des critiques de la société civile
L'opposition parlementaire a vivement critiqué ce projet, dénonçant un "recul démocratique" et une "concentration des pouvoirs". Le député Abdou Mbow, du Parti démocratique sénégalais (PDS), a déclaré : "Cette réforme est faite sur mesure pour le président sortant. Elle vise à verrouiller le système politique et à réduire l'opposition au silence."
Des organisations de la société civile, dont le Forum civil (section sénégalaise de Transparency International), ont également exprimé leurs inquiétudes. Dans un communiqué, elles estiment que le référendum est "un simulacre de démocratie" et appellent les citoyens à voter non. Selon un sondage réalisé par l'Institut de recherche Afrique, 58 % des Sénégalais se disent opposés au retour au septennat.
Un référendum prévu avant la fin de l'année
Le président Macky Sall a annoncé que le référendum se tiendrait avant la fin de l'année 2026, sans préciser de date exacte. Le chef de l'État, élu en 2012 puis réélu en 2019 pour un second mandat de cinq ans, n'est pas autorisé à se représenter en 2024 selon la Constitution actuelle. Si la réforme est adoptée, elle pourrait permettre un nouveau décompte des mandats, ce que l'opposition dénonce comme une tentative de se maintenir au pouvoir.
Le gouvernement assure que le référendum sera libre et transparent, avec l'observation d'organisations internationales. L'Union africaine et la CEDEAO ont déjà fait part de leur disponibilité à envoyer des observateurs.
Enjeux politiques et économiques
Cette réforme intervient dans un contexte de tensions politiques croissantes au Sénégal, pays souvent cité comme un modèle de stabilité en Afrique de l'Ouest. Les manifestations de l'opposition et de la société civile se sont multipliées ces derniers mois, et plusieurs figures de l'opposition ont été arrêtées. L'économie sénégalaise, bien qu'en croissance, reste fragile, avec un taux de chômage élevé chez les jeunes.
Le référendum à venir sera un test crucial pour la démocratie sénégalaise. La communauté internationale suit de près l'évolution de la situation, certains observateurs craignant un précédent dangereux pour la région.



