L'Assemblée nationale a adopté, le 29 juin 2026, une proposition de loi controversée visant à lutter contre la fast fashion, un secteur accusé de contribuer massivement à la pollution et au gaspillage textile. Le texte, porté par le député écologiste Erwan Balanant, a été approuvé par 178 voix contre 152, après des débats houleux. Cependant, de nombreuses associations environnementales et syndicats de l'industrie textile jugent les mesures trop timides pour endiguer le phénomène.
Un malus écologique pour les vêtements jetables
La loi instaure un malus écologique progressif sur les vêtements à bas prix, notamment ceux vendus à moins de 10 euros. Ce malus, qui pourra atteindre 5 euros par article d'ici 2028, vise à décourager la surconsommation et à financer des filières de recyclage. Selon le ministère de la Transition écologique, cette mesure pourrait réduire de 15 % les ventes de vêtements ultra-bas coût d'ici trois ans. Toutefois, les ONG comme Greenpeace estiment que ce malus est insuffisant : « Avec un malus de 5 euros sur une robe à 8 euros, l'impact sur le consommateur reste marginal », a déclaré Sarah Dumont, porte-parole de Greenpeace France.
Une obligation d'affichage environnemental
Le texte impose également un affichage environnemental obligatoire sur les vêtements, indiquant leur empreinte carbone, leur consommation d'eau et leur durée de vie estimée. Cette mesure, qui doit entrer en vigueur en 2027, vise à informer les consommateurs et à encourager des choix plus durables. Cependant, les détails techniques restent flous, et les industriels craignent une complexité administrative accrue. « Nous soutenons l'objectif, mais la mise en œuvre est précipitée », a commenté Jean-Pierre Morel, président de la Fédération française du prêt-à-porter.
Des sanctions renforcées pour greenwashing
La loi renforce les sanctions contre le greenwashing dans le secteur textile, avec des amendes pouvant atteindre 300 000 euros pour les entreprises qui mentent sur leurs pratiques environnementales. Cette disposition a été saluée par les associations, mais elles regrettent que le texte ne cible pas spécifiquement les géants de la fast fashion comme Shein ou Temu. « Ces entreprises contourneront facilement les règles en adaptant leurs modèles économiques », prévient Lucie Pinson, directrice de l'ONG Les Amis de la Terre.
Des mesures jugées insuffisantes
Les critiques les plus viennent du fait que la loi n'interdit pas la destruction des invendus textiles, une pratique courante qui génère des tonnes de déchets. Un amendement en ce sens a été rejeté par la majorité présidentielle, au motif qu'il serait trop contraignant pour les petites entreprises. Selon une étude de l'Ademe, 10 000 tonnes de vêtements neufs sont détruits chaque année en France, soit l'équivalent de 40 millions de t-shirts. « C'est une occasion manquée », déplorent les députés écologistes, qui promettent de déposer une nouvelle proposition de loi sur ce volet.
Une loi pionnière mais à renforcer
Malgré ces limites, la France devient l'un des premiers pays à légiférer spécifiquement contre la fast fashion. La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a salué « un premier pas historique » tout en reconnaissant que des améliorations seront nécessaires. « Nous avons posé les bases d'une régulation plus stricte, mais le combat est loin d'être terminé », a-t-elle déclaré. Les associations espèrent que le Sénat, qui examinera le texte en septembre, pourra renforcer ses dispositions.



