Nouvelle-Calédonie : les loyalistes progressent sans majorité absolue
Nouvelle-Calédonie : les loyalistes progressent sans majorité

Les élections provinciales du dimanche 28 juin 2026 en Nouvelle-Calédonie, les premières depuis 2019, ont vu les partis loyalistes progresser sans toutefois décrocher la majorité absolue au Congrès. Avec 63,71 % de participation, ce scrutin place l’Éveil océanien en position d’arbitre pour la formation d’une coalition.

Résultats provisoires du haut-commissariat

Les quelque 192 500 électeurs calédoniens devaient renouveler les 76 conseillers des trois provinces – Sud, Nord et Îles Loyauté – dont 54 siègent ensuite au Congrès. Selon les résultats provisoires du haut-commissariat, la liste d’union Les Loyalistes-Le Rassemblement obtient 24 des 54 sièges au Congrès, contre 19 lors de la précédente mandature, mais reste sous la majorité absolue de 28 sièges. Les listes indépendantistes totalisent 26 sièges, mais sont divisées en trois : le FLNKS en réunit 16, l’UNI-Palika 7 et la Dynamique autochtone 3. Entre ces deux blocs, l’Éveil océanien (EO), parti créé en 2019 pour représenter les quelque 22 000 Wallisiens et Futuniens, se retrouve en position d’arbitre avec quatre élus.

Effondrement des modérés et polarisation

Le scrutin se caractérise par l’effondrement des listes non-indépendantistes modérées, parties divisées et dont aucune n’a atteint le seuil de 5 % des inscrits nécessaire pour obtenir des sièges, au profit de l’union Les Loyalistes-Le Rassemblement. Ce climat polarisé fait suite aux émeutes de mai 2024. En province Sud, qui regroupe 75 % de la population et l’essentiel du tissu économique, la liste menée par la présidente sortante Sonia Backès a recueilli 50,14 % des suffrages, devant le FLNKS (15,59 %) et l’Éveil océanien (10,2 %). En province Nord, fief indépendantiste, l’UC-FLNKS a devancé l’UNI de Paul Néaoutyine (39,93 % contre 35,72 %), qui dirigeait la province depuis 1999. Aux îles Loyauté, l’UC-FLNKS et la Dynamique autochtone sont arrivés au coude-à-coude, devant le Palika.

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Réactions des camps

Aucun camp ne disposant seul d’une majorité, l’heure est aux tractations pour former une coalition et désigner un président du Congrès. Laurie Humuni, élue pour le FLNKS, a appelé à « l’unité des indépendantistes, toutes couleurs confondues » et estimé que l’accord de Bougival signé en 2025 avec l’État « n’a plus sa place dans le paysage calédonien ». Côté loyaliste, Sonia Backès a salué « le choix d’un vote utile » et « un message sans ambiguïté sur le maintien de la Calédonie dans la République ». Un autre chef de file loyaliste, Gil Brial, a renchéri : « C’est l’union qui a gagné ce soir ».

Participation en baisse et déploiement sécuritaire

Le scrutin a été marqué par une baisse de la participation à 63,71 %, contre 66,50 % en 2019. Environ 2 400 membres des forces de l’ordre étaient déployés. Le vote s’est déroulé dans le calme, avec peu de queues dans les bureaux de vote, a constaté un journaliste de l’AFP. « Mes grands-parents se sont bagarrés pour avoir ce droit de vote », a expliqué Cédric Ixeco, un Kanak de 43 ans, après avoir voté à Nouméa. « Que le meilleur gagne, mais il faut venir voter, c’est important », a-t-il ajouté. Barbara Meylan, 53 ans, venue voter à l’Anse Vata avec une procuration, a déclaré : « J’espère surtout qu’on va stabiliser le pays et qu’on va réussir à trouver un terrain d’entente. Il est primordial, ce scrutin, et il y a beaucoup d’attente. »

Corps électoral élargi et perspectives

Le scrutin reposait sur un corps électoral gelé depuis 2007 : seuls votaient les résidents installés avant 1998 et leurs descendants. Une tentative d’élargir cet électorat avait déclenché les émeutes meurtrières de mai 2024, qui ont fait 14 morts et plus de deux milliards d’euros de dégâts. Au printemps, une loi organique a intégré 10 575 natifs jusque-là exclus, portant le corps électoral de 169 000 inscrits en 2019 à 192 500. Ce vote sert de test avant la reprise des négociations institutionnelles, que le Premier ministre Sébastien Lecornu a promise dès juillet, avec un objectif d’accord avant la fin de l’année. Mais les positions restent éloignées : le FLNKS réclame un nouveau cycle de discussions, quand une partie des loyalistes juge que les principaux compromis ont déjà été trouvés.

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