La gauche non mélenchoniste face à 2027 : un programme avant un candidat
La gauche non mélenchoniste : programme avant candidat pour 2027

La gauche non mélenchoniste à la croisée des chemins pour 2027

Le temps presse pour la gauche française. Alors que l'élection présidentielle de 2027 approche, la gauche non mélenchoniste se trouve confrontée à un défi majeur : comment exister réellement face à un paysage politique fragmenté et à la montée des extrêmes. Selon Guillaume Duval, dans une carte blanche publiée le 20 avril 2026, la priorité absolue n'est pas le choix d'un candidat, mais la construction d'un programme illustrant une volonté de transformation profonde.

Un constat alarmant pour la gauche

La gauche française traverse une crise persistante. Depuis des années, elle peine à dépasser les 30 % des voix, malgré des bastions comme Paris, Lyon et Marseille. Les élections municipales ont vu la perte de nombreuses villes petites et moyennes, et en 2017 et 2022, elle a échoué à atteindre le second tour présidentiel. Cette situation soulève une question cruciale : de quoi a-t-elle besoin pour peser en 2027 ?

D'abord, une structuration collective de la gauche non mélenchoniste est essentielle, avec un programme commun de gouvernement, comme le propose l'appel « Construire 2027 ». Ce n'est qu'après ce travail préalable que la question d'un candidat peut être abordée. Jean-Luc Mélenchon, déjà en campagne, bénéficie d'une base électorale solide autour de 10 % des voix, grâce aux jeunes générations éduquées et aux banlieues. Cependant, sa politique de confrontation et les anathèmes lancés par La France Insoumise (LFI) ont réduit sa capacité à rassembler au-delà de ce noyau dur.

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En outre, dans l'hypothèse improbable où il atteindrait le second tour, cela pourrait entraîner une victoire écrasante du Rassemblement National (RN), en raison de la forte détestation qu'il suscite au centre et à droite. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon ne représente plus une solution viable pour cristalliser le vote utile à gauche.

La fragmentation de la gauche non mélenchoniste

Du côté de la gauche non mélenchoniste, la fragmentation actuelle empêche de proposer une alternative sérieuse. Pourtant, des personnalités de qualité sont prêtes à se dévouer, comme François Ruffin, Clémentine Autain, Marine Tondelier, Sandrine Rousseau, Olivier Faure, Boris Vallaud, François Hollande, Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann et Bernard Cazeneuve. Mais pour espérer arriver au second tour, il n'y a de place que pour un seul candidat.

Face à cette situation, l'idée d'une primaire ouverte semble évidente et démocratique, comme envisagé dans le processus de Bagneux initié par Lucie Castets. Cependant, cette solution présente des défauts rédhibitoires. Plusieurs candidats potentiels, dont Raphaël Glucksmann, refusent cet exercice. De plus, les expériences récentes de primaires en 2017 et 2022 ont été des échecs, ne parvenant pas à départager utilement les candidats.

Une primaire pousse les candidats à se différencier excessivement, rendant difficile la réunification après le vote, avec seulement quelques semaines pour faire campagne. Enfin, le candidat choisi par les sympathisants de gauche les plus motivés risque de ne pas être positionné à un point d'équilibre permettant de rassembler largement au premier tour et de gagner au second, étant donné l'écart entre ces sympathisants et l'ensemble de l'électorat.

La nécessité d'une confédération, d'un programme et d'une équipe

Pour toutes ces raisons, la primaire n'est plus adaptée. Ce qui manque à la gauche non mélenchoniste, c'est une structuration politique, un programme de gouvernement et une équipe pour le porter collectivement. Il n'existe aucun raccourci pour éviter ces préalables si cette gauche veut peser en 2027.

Du côté de la structuration, les Écologistes doivent reconnaître que leur avenir ne peut pas se situer dans une alliance avec LFI, mais doit passer par une alliance privilégiée et institutionnalisée avec le Parti Socialiste (PS), comme cela a été le cas aux élections municipales. L'avenir de l'écologie ne repose pas uniquement sur les bobos radicalisés de centre-ville.

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De son côté, le PS doit admettre qu'il ne peut pas se passer d'une coalition pérenne avec les écologistes, les petits partis de gauche et les communistes. L'espoir d'une reconquête de l'électorat de gauche parti chez les macronistes sur la base d'un hollandisme social-libéral rénové est une illusion dangereuse. Le pays ne veut plus d'une gauche molle qui cède devant les riches et le patronat.

Il s'agit donc de construire une confédération ayant pour cœur une alliance des Écologistes et du PS, capable d'agréger autour d'eux des mouvements comme l'Après, Debout, Generation.s, le Parti Communiste et Place publique. Cette confédération doit aussi attirer les personnalités de la société civile qui se sont tenues à l'écart des partis politiques.

Cette confédération se doterait d'un programme commun de gouvernement, d'un accord pour des candidatures uniques aux élections législatives et d'un shadow government illustrant son caractère collectif. À terme, une fusion pourrait être envisagée, comme aux Pays-Bas entre écologistes et sociaux-démocrates.

Un programme à construire de toute urgence

Côté programme, tout reste à faire. Le programme du Nouveau Front populaire de 2024, mis au point en trois jours, n'est pas adapté pour convaincre une majorité de citoyens. Son côté père Noël, promettant tout sans financement solide, est inadapté aux contraintes budgétaires actuelles.

Il s'agit plutôt de dégager une dizaine de mesures clés, illustrant à la fois la volonté de transformation profonde et la crédibilité de la démarche dans un contexte budgétaire contraint. Ce n'est qu'après ce travail préalable qu'on pourra aborder la question du choix d'un candidat pour 2027.

Guillaume Duval soutient ainsi la démarche de l'appel « Construire 2027 » initié par Boris Vallaud et Yannick Jadot. À ce stade, il sera trop tard pour organiser une primaire ouverte. Il faudra négocier au sein de la confédération le soutien à un candidat, avec un accord clair pour construire un gouvernement en cas de victoire.

Le temps est compté, mais il n'existe aucun raccourci pour la gauche non mélenchoniste. Face à l'enjeu crucial de 2027, cette voie, bien qu'ambitieuse, est nécessaire pour offrir une alternative au pays.