Une surprise électorale à Grenoble
La ville de Grenoble a connu un véritable coup de théâtre électoral dimanche lors du premier tour des élections municipales. Contre toute attente, c'est l'ancien maire de la ville et candidat Les Républicains Alain Carignon qui est arrivé en tête, devançant légèrement la favorite Laurence Ruffin, à la tête d'un collectif rassemblant des partis écologistes et de gauche.
Des résultats serrés et inattendus
Selon les résultats complets mais encore provisoires, Alain Carignon a obtenu 27,04 % des suffrages dans cette ville de 160 000 habitants, tandis que Laurence Ruffin a recueilli 26,33 % des voix. Seules 372 bulletins séparent les deux candidats, ce qui rend ce scrutin particulièrement indécis.
Ce résultat constitue une véritable surprise puisque les différents sondages pré-électoraux donnaient pourtant Laurence Ruffin largement en tête avec 34 % d'intentions de vote, contre seulement 25 % pour Alain Carignon et 10 % pour la France Insoumise.
Quatre candidats en lice pour le second tour
Deux autres candidats sont susceptibles de se maintenir au deuxième tour qui aura lieu dimanche prochain. Il s'agit d'Allan Brunon, candidat de La France Insoumise, qui a obtenu 14,59 % des suffrages, et de Romain Gentil, à la tête de la liste Grenoble Capitale Citoyenne, qui réunit Place Publique, le PRG et le parti écologiste Equinoxe, avec 10 % des voix.
Un cinquième candidat, le centriste Hervé Gerbi (Horizons), manque de peu la qualification avec 9,63 % des voix. Le Rassemblement National de Valentin Gabriac plafonne quant à lui à 5,20 %.
Appels à la mobilisation et au « barrage »
Laurence Ruffin, cheffe d'entreprise de 48 ans et sœur du député François Ruffin, représente un collectif rassemblant une douzaine de partis dont le Parti Socialiste. Elle avait reçu le soutien du maire écologiste sortant Eric Piolle, qui avait annoncé de longue date qu'il ne briguerait pas de troisième mandat.
« On ne veut pas de racisme, on ne veut pas de corruption, on ne veut pas de clientélisme », a-t-elle lancé dimanche soir à l'issue du vote, appelant à la mobilisation et à un « barrage » car « on ne veut plus le retour de Carignon à Grenoble ».
De son côté, l'insoumis Allan Brunon a tweeté : « Nous tendons la main à la liste EELV afin de construire un front antifasciste », soulignant que « aujourd'hui, la liste de Laurence Ruffin ne peut pas gagner sans la force de la France insoumise ».
Carignon dénonce un « désaveu » pour la majorité sortante
« La majorité sortante est désavouée par ce vote », a répliqué Alain Carignon dans la nuit de dimanche à lundi, selon la radio Ici Isère. Malgré son retard dans les sondages et ses antécédents judiciaires, l'ancien ministre de 77 ans, candidat malheureux au scrutin de 2020 qu'il avait présenté comme son « dernier tour de piste », avait refusé de se déclarer battu.
Dénonçant une ville en proie aux narcotrafiquants, il avait fait de la sécurité l'un de ses principaux chevaux de bataille. « A mon âge, je n'ai pas de carrière à construire, d'avenir à préserver, pas d'ambition personnelle à assouvir », avait fait valoir celui qui dirigea Grenoble de 1983 à 1994 avant d'être condamné en 1996 à cinq ans de prison dont quatre ferme et cinq ans d'inéligibilité, pour « corruption » et « abus de biens sociaux ».
Une campagne marquée par les alliances
L'ancien ministre de Jacques Chirac et Edouard Balladur, qui a passé ces dernières années à croiser le fer avec Eric Piolle au conseil municipal, a aussi réussi à rallier à sa liste un autre candidat, le centriste Pierre-Édouard Cardinal, au grand dam du parti Renaissance qui l'avait désavoué.
La liste Réconcilier Grenoble, qu'il mène, « incarne désormais seule le changement dont la ville a besoin », a-t-il déclaré, appelant « tous ceux qui ont voté au premier tour […] pour le changement à voter » pour lui dimanche prochain.
Cette élection municipale à Grenoble, ville remportée par les écologistes dès 2014, s'annonce donc particulièrement indécise et passionnante pour le second tour qui se tiendra dans une semaine.



