Soft power chinois : comment Pékin séduit le monde avec culture et influence
Soft power chinois : Pékin séduit le monde

Depuis des années, Pékin déploie des efforts considérables pour nourrir sa stratégie en matière de soft power, avec un objectif clair : se montrer sous son meilleur jour. Les résultats sont spectaculaires. Dans plusieurs sondages récents menés auprès d'échantillons internationaux, la Chine fait désormais jeu égal avec les États-Unis en termes d'image. En avril 2025, une étude Ipsos montrait même que la Chine avait une meilleure image que Washington, dont la cote a largement chuté depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.

TikTok et une armée d'influenceurs

Pour renforcer son efficacité, la Chine a développé une stratégie moins idéologique en investissant le secteur culturel à l'échelle mondiale. Elle subventionne directement des créations, comme le film d'animation Ne Zha 2, devenu le film d'animation le plus rentable de l'histoire. Elle encourage TikTok, propriété du groupe chinois ByteDance, qui rassemble désormais 1,6 milliard d'utilisateurs mensuels, à façonner les tendances culturelles chez les jeunes générations.

Autre outil : la rémunération d'influenceurs. En 2025, un YouTubeur américain de vingt ans, connu sous le pseudonyme d'iShowSpeed et suivi par quarante millions d'abonnés, a diffusé en direct plusieurs heures de visite de Pékin et de Shanghai. Il s'est extasié devant la gentillesse des habitants, la propreté des rues et la 5G dans le métro. Le Quotidien de la jeunesse, un journal officiel chinois, offre fréquemment des séjours gratuits aux influenceurs disposant de plus de 300 000 abonnés.

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Des experts à disposition

Ce n'est pas tout. Trois chercheuses de l'Otan (au sein du centre de recherche en communications stratégiques) – Egle Klekere, Una Aleksandra Bērziņa-Čerenkova et Christina Cheng – ont décortiqué des milliers d'articles dans les médias des pays arabes ou sur des sites d'informations. Leur but : décrypter le message que Pékin diffuse au Moyen-Orient et évaluer son efficacité sur les quelque 400 millions de locuteurs arabophones, ainsi que sur les diasporas installées en Europe. Leurs constats sont passionnants.

Premier enseignement de l'étude : ces dernières années, la Chine a mis en place plusieurs think tanks, comme le Centre Chine-Arabe pour l'Initiative de Civilisation Mondiale ou le Centre de recherche sino-arabe sur la réforme et le développement, pour diffuser des analyses et mettre des experts à disposition des médias. Les chercheuses se sont également penchées sur un accord signé fin 2022 à Riyad, par lequel China Media Group, une institution étatique chinoise, et l'Union des radiodiffuseurs des États arabes ont établi un partenariat pour développer la diffusion de contenus chinois.

Le rouleau compresseur Xinhua

D'après cette enquête, l'instrument central de cette offensive est arabic.news.cn, la version arabophone de l'agence de presse Xinhua. L'étude de l'Otan a analysé 13 750 articles publiés ces trois dernières années. Ses conclusions montrent que les deux plus grandes tendances des messages véhiculés par la Chine concernent l'économie et la diplomatie. La Chine tente ainsi de convaincre les lecteurs des médias arabes qu'elle est un partenaire du développement de la région. Près d'un article sur quatre diffusé par Xinhua est consacré aux infrastructures (routes, ports, chemins de fer, projets de la Ceinture et Route financés par la Chine).

Avec cette idée en arrière-plan : la Chine met en place une « communauté au destin commun », un développement « gagnant-gagnant » et un « avenir partagé ». Autre message véhiculé : la Chine se présente comme un acteur responsable, en dialogue permanent avec les capitales arabes.

Deuxième tendance : la rivalité avec l'Occident. Un nombre considérable d'articles diffusés par Xinhua en arabe au Moyen-Orient sont consacrés à la rivalité militaire et à la compétition avec Washington, Bruxelles et l'Otan. Les puissances occidentales sont systématiquement décrites comme des forces déstabilisatrices qui remettent en cause la paix. Exemple : le titre d'un article reproduit à l'infini sur le réseau : « L'Otan, une machine de guerre mobile qui sème le chaos partout où elle passe. »

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La « sagesse chinoise »

Un autre article estime que « les ventes d'armes américaines à Taïwan poussent l'île vers le désastre ». Parfois, les dépêches aspirent à appuyer une position diplomatique en phase avec les intérêts nationaux. Exemple : « La Chine : la souveraineté de l'Égypte sur le canal de Suez est incontestable. » Même si c'est de moins en moins fréquent, certains articles publiés par Xinhua relèvent davantage de la propagande, comme en témoigne une dépêche récemment titrée : « La sagesse chinoise illumine le chemin vers la réconciliation palestinienne. »

Selon les chercheuses qui ont étudié la sphère médiatique en Irak, en Syrie, au Maroc et en Égypte, les médias arabophones ne sont pourtant pas de simples courroies de transmission. Ils sélectionnent, recadrent et réinterprètent les articles diffusés par les agences de presse chinoises, adaptant leurs contenus. Ainsi, Al-Jazira consacre à la Chine 2 567 articles sur la période étudiée, mais 70 % des sujets concernent les rivalités géopolitiques et militaires avec l'Occident. « La Chine leur sert moins de modèle que d'argument dans leur propre rapport conflictuel avec Washington », notent les chercheurs, pour qui les formules idéologiques chères à Xi Jinping (« le destin commun ») ne suscitent qu'un intérêt poli.

Autre particularité notée par les auteurs : c'est en Égypte que l'intérêt pour la Chine est le plus dense. Le quotidien Al-Masry Al-Youm a ainsi publié 1 691 articles sur la Chine en moins de trois ans. Ce n'est pas un hasard : la Chine a fait de l'Égypte le socle de ses investissements portuaires dans la région.