Sunra, le street-artiste aux cœurs rouges qui transforme la haine en poésie
Sunra, street-artiste aux cœurs rouges engagé

À l'arrière de sa petite maison aux volets verts, en plein cœur de Juvignac, se niche l'atelier du street-artiste Sunra. Un lieu pensé pour la création, où chaque œuvre est d'abord conçue, réfléchie, pré-dessinée avant de prendre vie sur les murs de Montpellier. C'est là, dans un espace rangé au cordeau, que naissent ses fameux cœurs rouges, devenus sa signature incontournable.

Le décor est épuré : d'anciens pochoirs ornent les murs, tandis que les bombes de peinture, classées par couleur, attendent leur prochaine utilisation. Quelques touches de rouge vif, disséminées dans la pièce, rappellent immédiatement l'univers de l'artiste. Mais l'endroit ne laisse rien paraître de la personnalité de celui qui se cache derrière Sunra. Peut-être parce que tout se joue ailleurs, dans la rue, là où ses créations prennent leur pleine dimension.

Un nom entre jazz, soleil et mythologie

Sunra reste debout, le regard profond, les yeux noisette. L'homme, réservé de son propre aveu, se livre volontiers pour expliquer comment il est devenu, un peu par hasard, l'artiste que l'on connaît. Son nom, Sunra, fait écho à celui de Sun-Ra, le pianiste de jazz américain, mais pas seulement. « C'est le jazz, mais aussi le soleil, ainsi que la mythologie égyptienne. Pour moi, c'est la vie. C'est la Tunisie et le sud de la France. Et puis, plus tard, je me suis rendu compte que c'était aussi l'inversion phonétique de mon prénom », sourit celui qui se prénomme Ghassen dans la vie civile.

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Le street-art était pourtant bien loin de ses préoccupations initiales. Sunra y est venu sur le tard, même si, enfant en Tunisie, il dessinait déjà sur les murs de sa chambre. C'est le Printemps arabe qui a agi comme un véritable déclic, bouleversant sa manière de s'exprimer. « J'ai grandi en dictature, l'expression n'était pas libre », se souvient-il. Cette ambiance de suspicion permanente résonne encore en lui. Alors quand la vague de révolte éclate en décembre 2010, il sait qu'il doit participer à sa manière, même depuis la France.

Le Printemps arabe, déclic artistique

C'est ainsi que naît sa première œuvre, un collage intitulé « The revolution will be live… », conçu en France puis posé en Tunisie. Sa patte est déjà reconnaissable, avec les touches de rouge qui deviendront sa marque. « Ce qui me plaît, c'est de faire passer un message. Et il fallait quelque chose qui m'identifie », explique-t-il. L'idée du cœur s'est imposée au fil du temps, comme un symbole universel qui parle à tout le monde, en accord avec sa personnalité sensible.

Très vite, pour rendre ses œuvres plus pérennes, Sunra passe du collage au pochoir. Mais l'objectif demeure le même : « J'avais envie de me sentir utile, que les gens gardent le positif », confie-t-il, alors que le monde est bombardé de mauvaises nouvelles. Ses créations deviennent un rempart contre la haine, touchant universellement ceux qui croisent leur route, avec poésie, délicatesse et tendresse.

Le cœur, une signature universelle

Chaque idée, chaque sujet ne doit rien au hasard. « Je m'inspire de ma vie, de ce que je perçois », précise l'artiste. La plupart du temps, il repère l'endroit où son œuvre va se déployer, car le lieu donne du sens à la création. « C'est l'espace qui va donner du sens. Le lieu va faire le lien », insiste-t-il. Le support devient ainsi partie intégrante de l'œuvre. Ensuite, dans son atelier, il dessine à partir de photos, avec une silhouette qui revient plus souvent que les autres : celle de son fils, qui se prête volontiers au jeu.

Car ses compositions racontent toujours une histoire dans l'histoire. « Je raconte une histoire collective, mais derrière, il y a toujours une histoire personnelle », révèle Sunra. Ses œuvres sont un peu un album photo qui se dévoile au fil des murs, mêlant vécu intime et messages universels.

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De l'atelier à la rue, une création en deux temps

Né en 1981 en Tunisie, ce Franco-tunisien choisit Montpellier un peu par hasard pour s'installer. Après des études de cinéma à Paul-Valéry, il se tourne vers une école d'art appliqué et la communication visuelle. L'homme ne connaissait rien au street-art avoue-t-il, n'ayant pas grandi avec cette culture. Pourtant, il est aujourd'hui devenu une référence en la matière, avec des œuvres visibles dans le quartier de la Méditerranée, place Pitot, place Candolle, rue Roucher et bien d'autres lieux montpelliérains.

Son travail fait désormais partie de l'identité de la ville. Il a signé l'affiche de Jazz à Junas et même la carte de vœux de la ville de Montpellier. Il est également très actif dans les écoles, collèges et lycées, où il réalise des fresques avec les élèves. « J'ai dû en faire une centaine », sourit-il, non sans fierté. Il expose très peu, mais sera présent à Solid'Art en septembre prochain et au Marché de Noël de Montpellier en décembre.

Sunra, une figure de l'identité montpelliéraine

Marié et père d'un garçon de 10 ans, Sunra est installé à Juvignac. Son atelier, aussi ordonné soit-il, est le point de départ de toutes ses aventures artistiques. De là naissent des œuvres qui embellissent les murs de la métropole, portant un message doux et fort, invitant chacun à la réflexion. Selon Laure Ducos, journaliste à Midi Libre, le travail de Sunra s'impose comme une véritable signature visuelle, entre engagement et poésie. Une alchimie rare qui fait de lui un artiste unique sur la scène montpelliéraine.