Véronique Mure : pour une ville qui laisse les arbres vivre
Véronique Mure : pour une ville qui laisse les arbres vivre

Nouvelle parution aux éditions nîmoises Atelier Baie : Être un arbre dans la ville. Son autrice, la botaniste Véronique Mure, y déplace le regard. Plutôt que d'envisager l'arbre comme un simple ornement à tailler et à contrôler, elle propose une immersion dans sa réalité, son histoire et ses besoins, au cœur de l'espace urbain.

Véronique Mure n'est pas une inconnue à Nîmes. Ingénieure en agronomie tropicale, spécialisée en phénologie (l'étude des cycles de vie des végétaux), compagne de route du botaniste montpelliérain Francis Hallé, elle a été adjointe à l'environnement de Jean Bousquet, ancien maire de la ville. « C'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'intéresser à l'arbre urbain, explique-t-elle. J'ai écrit, petit à petit, des textes, qui ont été le point de départ de ce livre. »

Un hommage aux arbres qui ont compté

L'ouvrage s'ouvre sur un arbousier, photographié au parc Méric de Montpellier. Il se lit comme une déclaration d'amour aux végétaux rencontrés au fil d'une vie : le grand chêne de la Bigotie, les micocouliers nîmois, les pins et les deux cyprès à l'entrée du mazet, les platanes du canal du Midi, le chêne vert d'Ivry-sur-Seine, l'arbousier de Chypre du parc Méric. « Tous m'ont touché. Tous ont une place particulière dans ma vie. Je veux ici leur rendre hommage en portant leur voix à travers une histoire des arbres en ville », écrit-elle en préambule.

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De ce parcours personnel, Véronique Mure tire un récit plus large : celui de la place de l'arbre dans la cité, de l'Antiquité à nos politiques urbaines. Elle rappelle que l'arbre a d'abord été un symbole — arbre de justice, arbre de mai — avant de devenir une ressource indispensable, dont la Renaissance organise les plantations en alignement. « On pense à l'orme ou au tilleul de Sully, précise la botaniste. Les premiers alignements sont en bord de route. Ce sont souvent les agriculteurs qui les y ont plantés, avec le droit de se servir en bois. »

Les leçons de l'orme et du platane

Le livre multiplie les fiches arboricoles et les rappels historiques. L'orme fait l'objet du premier focus : arbre privilégié par Claude Mollet, grand jardinier des rois, il a été planté massivement, ce qui a accéléré la propagation de la graphiose, une maladie fongique. Dès le XIXe siècle, des voix mettaient en garde contre l'appauvrissement génétique d'ormes « trop volontiers greffés ou clonés au détriment de la richesse adaptative que permet le semis ».

« Il y a eu ensuite le platane. C'est le même processus, observe Véronique Mure. Avec la pauvreté génétique, arrivent des pathologies et comme les arbres choisis sont tous les mêmes individus, on aboutit à des situations de grande vulnérabilité. » Une mise en garde qui résonne avec les grands alignements urbains actuels.

Et si l'on regardait les espèces mal-aimées ?

À l'inverse, la botaniste s'intéresse à des essences souvent rejetées. Le robinier faux acacia, par exemple, est classé comme invasif par le ministère de l'environnement. Mais il est très mellifère et offre un bois d'une « grande durabilité ». De même, l'ailante — ou « monte-aux-cieux » — prolifère dans les garrigues, alors qu'il était élevé dans les pépinières parisiennes au XIXe siècle et utilisé pour la sériciculture dans les Cévennes, en complément du mûrier.

Ces espèces résilientes posent une question centrale : quelle place donner à une nature qui vient d'elle-même ? Véronique Mure le regrette : « On n'a pas passé le cap d'une nature en ville qui viendrait d'elle-même. L'idéal, ce sont les arbres spontanés. En ville, il y a des arbres adaptés aux biotopes urbains. Ceux-là, on les combat. Et en même temps on va dépenser des sommes folles pour planter des arbres qui, pour 80 % d'entre eux, vont mourir dans les cinq ans. »

Accompagner le vivant plutôt que le maîtriser

Face au changement climatique, la botaniste invite à observer les signes. « La plupart des arbres ont perdu une grande partie de leur densité de feuillage. La lumière passe davantage à travers les micocouliers des boulevards de Nîmes. Même le chêne vert va mal », remarque-t-elle.

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Elle en conclut que les politiques urbaines doivent désormais « s'adapter à l'implantation spontanée de la végétation, seul gage d'une autonomie certaine des communautés végétales en ville ». Le rôle du paysagiste et du jardinier, dit-elle, est alors « dans l'accompagnement du vivant plutôt que dans sa totale maîtrise ».

Une réflexion publiée dans un livre soigné, dont la couverture elle-même invite au toucher, et disponible aux éditions Atelier Baie au prix de 25,90 €.