JD Vance à Budapest : une défense agressive de Viktor Orban et une critique acerbe de l'Union européenne
Le vieil adage selon lequel la meilleure défense est l'attaque a été employé avec excès par JD Vance ce mardi. Le vice-président des États-Unis a dénoncé avec véhémence ce qu'il qualifie d'ingérence étrangère dans les élections législatives hongroises. Non pas une ingérence américaine, mais bien celle des institutions européennes. Cette déclaration a été faite depuis Budapest, lors d'une conférence de presse aux côtés de Viktor Orban, que JD Vance est venu soutenir ouvertement contre son rival Péter Magyar, actuellement en tête dans les sondages.
Une logique de retournement rhétorique sans contradiction apparente
Pour JD Vance, il n'existe aucune contradiction dans sa position. Il ne s'agit pas d'une cécité politique, mais plutôt de l'application sans scrupules d'une méthode éprouvée : le retournement rhétorique. Dans son esprit, cette approche est d'une cohérence redoutable, à condition de saisir le cadre conceptuel dans lequel il évolue. Selon lui, rien ne doit primer sur la nation, ni l'ONU, ni la Cour pénale internationale, ni l'Union européenne, ni aucun principe général du droit international. Ce qui émane de ces institutions n'est pas du droit, mais une contrainte déguisée en législation. Et cette contrainte exercée sur un peuple souverain par des entités non élues porte un nom : l'ingérence.
Ainsi, le plaidoyer de JD Vance s'inscrit dans un contre-discours auto-suffisant : les institutions européennes qui gèlent des fonds et engagent des procédures contre la Hongrie au nom de l'État de droit s'immiscent dans la vie d'un État souverain. En revanche, lorsque Washington envoie son vice-président applaudir le Premier ministre sortant à quelques jours du scrutin du 12 avril, cela est présenté comme de la simple fraternité entre nations libres. Le tour est ainsi joué, avec une inversion habile des rôles.
La Hongrie : libre de rester ou de quitter l'Union européenne
Viktor Orban utilise cette rhétorique depuis près d'une décennie, trouvant dans les « eurocrates » de Bruxelles un ennemi commode pour mobiliser ses partisans. Cependant, cette dénomination occulte une réalité fondamentale : les obligations souscrites par la Hongrie au titre du Traité de l'UE ont été acceptées librement par les Hongrois. Elles ne lient pas la Hongrie à une entité abstraite, mais à ses partenaires européens, tels que la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, la Pologne et la Croatie. De plus, les Hongrois sont parfaitement libres de quitter l'Union européenne à tout moment en activant l'article 50, comme l'ont fait les Britanniques. Personne ne les retient de force, surtout pas en cette période électorale.
Les États-Unis font preuve d'une certaine cohérence en quittant les organisations internationales qu'ils critiquent. Viktor Orban, quant à lui, n'envisage pas un instant de s'éloigner de l'UE, sachant trop bien qu'il deviendrait alors la proie d'un voisin dangereux, Vladimir Poutine, qu'il craint plus qu'il ne l'admet ouvertement.
La dépendance cruelle aux fonds européens et le souverainisme sous perfusion
Cette situation révèle toute la fragilité de l'édifice politique hongrois. Le souverainisme de Viktor Orban est un souverainisme sous perfusion. Depuis son adhésion à l'UE, la Hongrie a perçu des dizaines de milliards d'euros de fonds de cohésion. Elle continue d'en réclamer le versement, même au cœur des contentieux les plus âpres avec Bruxelles. On ne mord pas la main qui vous nourrit ; on la dénonce, tout en veillant à la garder tendue.
JD Vance n'ignore rien de cette dépendance, mais il s'en accommode parfaitement. Ce qu'il est venu vendre à Budapest n'est pas un modèle d'indépendance, mais un récit de résistance. La nuance est capitale. Viktor Orban n'a pas besoin de quitter l'UE pour que ce récit fonctionne. Il a besoin que Bruxelles reste menaçante, visible et honnie, tandis que Washington apparaît comme le grand allié tutélaire qui respecte les nations telles qu'elles sont.
Ce dispositif correspond à ce que les manuels de relations internationales appellent un protectorat consenti. Viktor Orban en est le client le plus accompli d'Europe, ayant simplement changé de protecteur. En réalité, il en a plusieurs, prenant des assurances un peu partout : à Moscou pour le pétrole et la technologie nucléaire de la centrale de Paks, et à Pékin pour devenir la plateforme européenne d'écoulement massif des produits Made in China.
La promotion d'un Occident illibéral par JD Vance
Ce qui s'est joué mardi à Budapest ne se limite pas à une simple opération électorale. C'est la démonstration grandeur nature d'un projet de recomposition de l'Occident. Ce projet ne s'articule plus autour des institutions multilatérales nées en 1945, mais autour d'un axe de nations souveraines, chrétiennes et illibérales, dont Washington serait le pivot et Budapest l'avant-poste européen, avec l'espoir que d'autres nations rejoignent ce cercle au fil des scrutins à venir.
Les électeurs hongrois du 12 avril ne votent pas seulement pour un Premier ministre. Ils se prononcent sur la question fondamentale de savoir quel Occident ils habitent et quel Occident ils souhaitent pour la décennie à venir. Ce scrutin dépasse ainsi les frontières nationales pour toucher à l'avenir même de l'ordre international.



