Le Four Seasons de Damas, autrefois fréquenté par l’élite du régime d’Assad, est devenu le théâtre d’une nouvelle ère politique. Depuis la chute du régime en décembre 2024, l’hôtel de luxe a vu ses couloirs investis par les nouveaux dirigeants, des diplomates étrangers et des membres de la communauté internationale. Selon un employé de l’hôtel, « aujourd’hui, vous croisez des ministres, des ambassadeurs et des diplomates à chaque étage ». Le bâtiment, qui avait été partiellement endommagé pendant la guerre civile, a été rapidement rénové pour accueillir les visiteurs officiels.
Un symbole de continuité et de changement
Le Four Seasons, situé dans le quartier chic d’Abou Roumaneh, est un symbole de la continuité du pouvoir à Damas. Pendant la guerre, il servait de base arrière aux responsables du régime et à leurs alliés russes et iraniens. Aujourd’hui, il est le lieu de rendez-vous des nouveaux maîtres de la Syrie. « C’est un peu comme si l’hôtel avait changé de camp du jour au lendemain », confie un observateur occidental. Le hall d’entrée, avec ses lustres en cristal et ses fauteuils en cuir, est devenu un salon diplomatique où se négocient les premières alliances post-conflit.
Des clients prestigieux et une sécurité renforcée
Parmi les clients réguliers figurent des membres du gouvernement de transition, des envoyés spéciaux de l’ONU et des représentants d’ONG internationales. La sécurité a été considérablement renforcée : des barrages filtrants ont été installés aux abords de l’hôtel, et les véhicules blindés sont monnaie courante. « Nous avons dû adapter nos procédures pour répondre aux exigences des nouvelles autorités », explique le directeur de l’établissement, qui a requis l’anonymat. Le taux d’occupation de l’hôtel est passé de 30 % en 2023 à plus de 80 % depuis le début de l’année 2025, selon des sources internes.
Un lieu de pouvoir et de rencontres
Le Four Seasons est également le cadre de rencontres informelles entre les nouvelles autorités et les représentants de la société civile. « C’est ici que se dessine l’avenir de la Syrie, autour d’un café ou d’un déjeuner d’affaires », affirme un conseiller politique syrien. Les restaurants de l’hôtel, réputés pour leur cuisine internationale, sont souvent le théâtre de discussions secrètes. Cependant, l’hôtel reste un symbole ambigu pour de nombreux Syriens, qui y voient le rappel des inégalités persistantes. « Pendant que des millions de Syriens vivent dans des ruines, quelques privilégiés se retrouvent dans un palace », déplore un habitant de Damas.
Un enjeu économique pour la reconstruction
Au-delà de son rôle politique, le Four Seasons est un acteur économique clé pour la reconstruction du pays. Il emploie plus de 200 personnes, dont beaucoup ont été formées après la guerre. L’hôtel a également signé des contrats avec des entreprises étrangères pour la fourniture de produits de luxe, contribuant ainsi à la relance du commerce local. « Nous espérons que cette dynamique profitera à l’ensemble de l’économie syrienne », déclare un responsable du ministère du Tourisme. Cependant, les défis restent immenses : l’inflation galopante et les sanctions internationales limitent encore la reprise.
Un avenir incertain
L’avenir du Four Seasons de Damas dépendra de la stabilité politique et de la normalisation des relations internationales. Certains experts estiment que l’hôtel pourrait devenir un lieu de villégiature pour les touristes fortunés si la Syrie retrouve une paix durable. « Mais pour l’instant, il reste avant tout un outil diplomatique », conclut un analyste basé à Beyrouth. Le Four Seasons incarne ainsi les paradoxes de la Syrie post-conflit : un mélange de luxe et de guerre, de pouvoir et de précarité.



