Une rencontre longtemps incertaine se concrétise à Alger
Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, a finalement accepté de recevoir, ce mardi, le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez. Cette entrevue intervient au deuxième jour d'une visite à Alger du ministre français, venu renouer le dialogue sur les questions sécuritaires et tenter de dégeler une relation bilatérale en grave crise depuis l'été 2024.
Une délégation restreinte pour des édiscrets
Selon une vidéo diffusée par la présidence algérienne, la rencontre s'est déroulée en présence de plusieurs hauts responsables. Y participaient notamment Boualem Boualem, directeur de cabinet du président Tebboune, l'homologue algérien de M. Nuñez, Saïd Sayoud, ainsi qu'Ammar Abba, conseiller diplomatique de M. Tebboune et le général-major Abdelkader Aït-Ouarabi, patron de la sécurité intérieure algérienne (DGSI).
Rien n'a filtré, à ce stade, de la teneur précise de leurs discussions. Jusqu'au dernier moment, cette rencontre n'était d'ailleurs pas certaine, illustrant la fragilité des échanges actuels.
Un agenda chargé pour le ministre français
Laurent Nuñez a entamé lundi une visite projetée depuis plusieurs mois, à l'invitation de son homologue Saïd Sayoud, mais qui avait tardé à se concrétiser. Dès son arrivée, il a participé à des réunions de travail avec M. Sayoud, en présence de hauts responsables sécuritaires des deux pays.
Parmi eux figurait la cheffe de la DGSI française, Céline Berthon, selon des photos diffusées par le ministère de l'Intérieur algérien. Ces premières discussions ont permis de poser les bases des négociations.
Des sujets sensibles au cœur des pourparlers
Avant son voyage, Laurent Nuñez avait indiqué, avec prudence, venir discuter de « toutes les questions de sécurité ». Plusieurs dossiers épineux étaient à l'ordre du jour :
- La lutte anti-terroriste, domaine crucial où l'Algérie, frontalière de plusieurs pays du Sahel, joue un rôle stratégique.
- Le narcotrafic, un fléau transnational nécessitant une coopération renforcée.
- Le sujet des réadmissions, c'est-à-dire du retour de ressortissants algériens en situation irrégulière en France, que l'Algérie n'accepte plus depuis des mois.
Le ministre français avait également mentionné, en amont de sa visite, le cas de Christophe Gleizes, le journaliste sportif français purgeant une peine de sept ans de prison en Algérie pour « apologie du terrorisme », peine confirmée en appel en décembre.
Une relation bilatérale profondément dégradée
Le contexte de cette visite est marqué par une crise diplomatique majeure. La relation entre Paris et Alger s'est fortement détériorée depuis la reconnaissance, à l'été 2024, par la France d'un plan d'autonomie sous « souveraineté marocaine » pour le Sahara occidental.
Dans ce territoire au statut non défini selon l'ONU, un conflit oppose depuis cinquante ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par Alger. Cette prise de position française a été perçue comme une provocation par les autorités algériennes.
Une succession d'incidents diplomatiques
La crise s'est ensuite aggravée avec plusieurs événements :
- L'arrestation en novembre 2024 de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié depuis par le président Tebboune.
- La mise en examen en avril 2025 d'un agent consulaire algérien en France, accusé d'être impliqué dans l'enlèvement de l'influenceur algérien Amir DZ.
Cette dernière affaire a conduit à une expulsion réciproque de diplomates et d'agents consulaires, cristallisant les tensions. La visite de Laurent Nuñez représente donc une tentative, encore fragile, de rétablir un dialogue constructif sur des dossiers où les intérêts des deux nations se croisent, malgré les divergences politiques profondes.



