Alex Saab : de l'ombre à la chute après Maduro
Alex Saab : l'ascension et la chute d'un proche de Maduro

Il était jusqu'en début d'année l'homme clé du pouvoir au Venezuela. Mais la capture du désormais président déchu Nicolas Maduro, le 3 janvier sur ordre de Donald Trump, a entraîné la chute d'Alex Saab. Ministre sous Maduro, ce Colombien d'origine libanaise a été mis à l'écart par la présidente par intérim Delcy Rodriguez. Isolé, il ne peut en effet plus compter sur la protection de l'ancien maître de Caracas dont il était proche.

Un parcours controversé

Pour ses détracteurs, Alex Saab était l'homme de paille affairiste de Maduro. Ses soutiens voyaient au contraire en lui un serviteur dévoué du chavisme et un intermédiaire ingénieux, qualités qui lui avaient valu la nationalité vénézuélienne et un passeport diplomatique. 20 Minutes vous présente cet homme controversé, expulsé samedi vers les États-Unis.

Quel est son parcours ?

Fils d'un entrepreneur libanais à Barranquilla, en Colombie, Alex Saab, 54 ans, a commencé par vendre des porte-clés avant de se lancer avec succès dans le textile. « Guidé par son esprit d'entrepreneur cosmopolite, il cherche à dépasser les frontières » et se rend au Venezuela, attiré par « le secteur de la construction », raconte sur YouTube la série « Alex Saab, agent anti-blocus », version très officielle de sa vie.

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Selon cette série, il a obtenu son premier contrat au Venezuela en 2011. Sur les images, on découvre l'homme d'affaires alors dans la trentaine, arborant une queue-de-cheval, signant au Palais présidentiel de Miraflores une « alliance stratégique » pour des « kits de constructions pour des logements sociaux ». À l'époque, le président est Hugo Chavez. Nicolas Maduro est ministre des Affaires étrangères.

« J'ai proposé un système italien de construction. Après un an de travail et de porte-à-porte, on a réussi à entrer et ouvrir une usine », raconte Alex Saab au journal El Tiempo en 2017.

Quel a été son rôle sous le régime de Maduro ?

Sous la présidence Maduro, Alex Saab connaît une foudroyante ascension pour devenir un « ministre plénipotentiaire de l'ombre », estime Roberto Deniz, journaliste d'Armando.info. Selon sa chaîne YouTube, après « d'importants » succès commerciaux, Alex Saab se convertit en 2018 en « un fonctionnaire public » envoyé en « mission » pour acquérir en Russie et en Iran – deux importants alliés du Venezuela – des « aliments, des médicaments et des produits pour les raffineries ».

Alex Saab est notamment un des artisans de la spectaculaire et paradoxale « route iranienne » qui a vu l'Iran approvisionner en carburant, grâce à des tankers, un Venezuela aux immenses réserves pétrolières mais frappé de plein fouet par les sanctions américaines.

Soupçonné par les États-Unis de tirer les ficelles d'un vaste réseau qui aurait permis à Nicolas Maduro et aux membres du pouvoir de détourner à leur profit de l'aide alimentaire, Alex Saab a été inculpé en juillet 2019 à Miami. Avec son associé Alvaro Pulido, il était accusé d'avoir transféré 350 millions de dollars hors du Venezuela sur des comptes étrangers. Il encourait vingt ans de prison.

Comment s'était passée sa précédente arrestation à la demande des États-Unis ?

En juin 2020, Alex Saab était interpellé lors d'une escale technique de son jet privé au Cap-Vert, puis extradé aux États-Unis après 16 mois d'une bataille diplomatico-judiciaire acharnée. Caracas avait réclamé sa libération à cor et à cri, faisant placarder à travers le Venezuela des inscriptions comme « Liberté pour le diplomate Alex Saab » ou créant le hashtag #FreeAlexSaab sur les réseaux sociaux.

« Jamais le chavisme ne s'était autant démené pour quelqu'un. Qu'est-ce qui explique qu'on remue ciel et terre pour lui ? » s'interrogeait à l'époque de son extradition Roberto Deniz. « Il est évident qu'il y a beaucoup de peur. Il peut révéler des choses sur les montages, la circulation des fonds, les surcoûts… C'était la cheville ouvrière des affaires du régime Maduro avec les pays alliés », ajoutait-il.

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Il avait finalement été échangé contre des prisonniers américains en décembre 2023. Son retour au Venezuela le même mois, après presque trois ans de détention aux États-Unis, avait été retransmis en direct à la télévision publique et fêté comme une victoire diplomatique. Il risque désormais un nouveau séjour dans le système carcéral américain, à l'instar de son ancien allié Maduro.