Algérie : une puissance régionale en quête de réconciliation et d'influence
Algérie, puissance régionale en quête d'influence

L'Algérie face à ses défis régionaux : isolement et reconquête d'influence

En situation de guerre froide avec le Maroc, en conflit ouvert avec la junte au pouvoir au Mali, et en froid avec le Burkina Faso ainsi que le Niger, l'Algérie apparaît comme une puissance régionale entravée, fâchée avec la quasi-totalité de ses voisins frontaliers, à l'exception notable de la Tunisie, tombée sous son influence depuis le coup d'État du président Kaïs Saïed. Cette réalité géopolitique complexe amoindrit considérablement sa capacité à exercer pleinement le rôle qui devrait être le sien dans les domaines diplomatiques, sécuritaires et énergétiques au Maghreb et au Sahel.

Une situation qui inquiète les puissances internationales

Cette configuration préoccupante alerte plusieurs puissances mondiales, notamment en raison de la menace persistante des groupes djihadistes qui gangrènent les nations sahéliennes à ses portes, principalement le Mali et le Niger. L'édification progressive d'un Sahelistan en lisière du Maghreb, à quelques heures seulement de l'Europe, représente un défi sécuritaire majeur. Les États-Unis comme la France ont clairement fait comprendre que le rôle d'Alger était crucial dans la résolution de nombreux dossiers régionaux, et ce message semble avoir été partiellement entendu par les autorités algériennes.

Les leviers économiques et énergétiques de l'Algérie

Avec ses importantes réserves de gaz et de pétrole, l'Algérie bénéficie d'une assise économique solide qui la protège en partie des aléas géopolitiques. Dès le déclenchement de la guerre en Ukraine, les pays européens dépendants des hydrocarbures russes ont effectué le voyage à La Mouradia afin de diversifier leurs fournisseurs. Le régime, dont l'image était alors sévèrement écornée par les manifestations d'envergure du Hirak, est ainsi revenu en grâce sur la scène internationale.

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La guerre menée par le Kremlin sur le sol ukrainien a fait bondir le prix anémié du baril de pétrole, ce qui a considérablement renfloué le budget de l'État algérien, dont les recettes dépendent aux trois quarts minimum du gaz et du pétrole. Outre les devises générées par l'exploitation d'un sous-sol gorgé d'hydrocarbures, ces ressources constituent un levier diplomatique de premier ordre.

Le gazoduc transsaharien : un projet stratégique

Les 16 et 17 février, dans un ballet diplomatique impeccablement chorégraphié, le ministre de l'Intérieur français, Laurent Nunez, et le chef du régime militaire du Niger, Abdourrahmane Tiani, étaient séparément en visite à Alger. Le 16 février, le dirigeant nigérien a eu les honneurs d'une visite officielle au palais présidentiel, un rendez-vous avec Abdelmadjid Tebboune qui a marqué la fin des hostilités entre les deux pays.

Au cœur des discussions figurait le projet de gazoduc transsaharien (TSGP) qui vise à convoyer le gaz naturel issu du Nigeria jusqu'aux réseaux européens. Cet ouvrage de 4 000 kilomètres transitera par le Niger, Alger promettant la construction du tronçon sur le sol nigérien juste après la fin du ramadan. Le coût de cette infrastructure pharaonique est estimé à treize milliards de dollars, avec pour objectif annoncé de transporter trente milliards de mètres cubes de gaz par an. Avec ce levier énergétique majeur, l'Algérie entend pleinement jouer son rôle de puissance régionale.

La réparation des relations franco-algériennes

Plus discrètement, Laurent Nunez accomplissait avec technicité son travail de points de croix diplomatique pour ravauder des relations franco-algériennes à l'arrêt depuis l'été 2024. Invité par son homologue, le ministre de l'Intérieur Saïd Sayoub, il a également été reçu par le président Tebboune. Dans ce dossier spécifique, la puissance régionale algérienne se manifeste également par son rôle sécuritaire, un autre levier d'influence considérable dans la région.

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Le défi marocain à l'hégémonie régionale

Sans tirer de conclusions extravagantes de ces développements récents, on observe que le régime algérien prend conscience que revendiquer le titre de puissance régionale tout en étant incapable d'en jouer pleinement le rôle pose un problème stratégique majeur. Les États-Unis le lui ont clairement fait comprendre, notamment par l'intermédiaire de Massad Boulos, l'émissaire de Donald Trump pour l'Afrique et le monde arabe, qui a achevé sa seconde visite en Algérie en six mois.

En parallèle, le Maroc revendique avec de plus en plus d'insistance le rôle de puissance régionale. Isolé pendant des années en raison du dossier du Sahara occidental, Rabat a axé toute sa diplomatie sur ce sujet avec un succès notable, ralliant à son plan d'autonomie des capitales aussi importantes que Washington, Madrid, Londres et Paris. En nouant des liens diplomatiques et commerciaux solides avec Israël, le pays a réussi l'exploit de maintenir des relations avec les pays arabes tout en collaborant avec leur ennemi juré.

La guerre qui a dévasté la bande de Gaza n'a pas écorné la politique étrangère du Royaume chérifien. En multipliant les alliances stratégiques, de l'Union européenne à la Russie, en passant par la Chine et les États-Unis, la monarchie marocaine se construit progressivement comme un hub incontournable entre l'Occident et le Sud global.

L'initiative marocaine dans le Sahel

Le ministre des Affaires étrangères marocain, le dynamique Nasser Bourita, a récemment reçu les dirigeants de l'Alliance des États du Sahel (AES), comprenant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, pour définir un plan de développement ambitieux à partir de Dakhla, la ville clé du Sahara occidental. À partir du port en construction, une sorte de Tanger Med version océan Atlantique, une ligne de chemin de fer devrait relier les pays du Sahel, leur offrant ainsi un débouché stratégique sur l'Atlantique.

C'est à ce moment précis que l'Algérie a senti un vent mauvais s'abattre sur ses épaules. En apparaissant comme le ronchon de service dans un environnement régional en pleine mutation, le régime algérien risque de passer pour instable, capable de réactions brutales comme en témoignent les emprisonnements de Boualem Sansal et Christophe Gleizes, ou les ruptures économiques et diplomatiques répétées.

Vers un changement de stratégie algérienne ?

D'où cette récente opération séduction menée par Alger auprès de ses voisins et des puissances internationales. S'agit-il d'un simple changement de ton, d'une évolution stratégique profonde, ou d'une refonte complète de sa diplomatie ? La réponse semble être un mélange des trois, alors que l'Algérie tente de retrouver toute sa place sur l'échiquier régional face à un Maroc de plus en plus entreprenant et à des défis sécuritaires qui menacent directement sa stabilité.