En mai 2021, plus de 8 000 personnes, dont de nombreux mineurs, ont franchi en quelques heures la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. Ce flux migratoire spectaculaire, survenu dans un contexte de tensions diplomatiques entre Rabat et Madrid, a plongé l’Union européenne dans un nouveau débat sur sa politique d’asile.
Une réaction essentiellement sécuritaire
La réponse des autorités espagnoles ne s’est pas fait attendre. Le gouvernement de Pedro Sánchez a déployé l’armée et les renforts policiers, tandis que l’UE apportait son soutien à Madrid, parlant d’une « défense des frontières de l’Europe ». Les images de jeunes Marocains nageant le long des digues, sous les regards des gardes civils, ont fait le tour du monde, suscitant l’émotion mais aussi une vague de réprobation contre certaines pratiques de renvois expéditifs.
Si la situation humanitaire était alarmante – des centaines de personnes entassées dans des infrastructures saturées –, les dirigeants européens ont surtout voulu montrer leur fermeté. Pour plusieurs ONG, cette attitude contraste avec les discours de solidarité affichés lors de crises lointaines. Nous assistons à une sélection des victimes, dénonce-t-on du côté de la société civile.
Le double discours européen
Ce qui s’est passé à Ceuta n’est pourtant jamais une simple affaire bilatérale. Le Maroc a laissé passer ces milliers de personnes, rompant de fait son rôle de gendarme aux frontières de l’Espagne. Une manière, pour Rabat, de protester contre l’accueil en Espagne du chef du Front Polisario, Brahim Ghali, soigné en juillet 2021 dans un hôpital de Logroño.
L’Union européenne, de son côté, a préféré recourir à la souplesse diplomatique, tout en durcissant ses propres dispositifs. L’accord migratoire avec le Maroc, régulièrement évoqué, continue de faire l’objet de négociations discrètes. Les Européens veulent bien financer la surveillance des frontières, mais ils refusent de voir les causes profondes des départs : inégalités, chômage, changement climatique.
Une leçon d’humanité
La crise de Ceuta met en lumière une vérité dérangeante : lorsque l’Europe se sent menacée, elle oublie ses valeurs. Les mêmes dirigeants qui se déclarent garants des droits humains n’ont eu aucun mot pour ces jeunes jetés à la mer, ni pour ces familles dispersées par les renvois. Ils ont préféré parler de dissuasion, de reconduites, de budgets.
Il y a, dans cette manière de traiter les migrants comme une masse indistincte, un profond déficit de dignité. Ceuta restera comme le symbole de cette Europe à deux visages, capable de clamer sa générosité à l’égard des réfugiés ukrainiens tout en fermant brutalement ses portes aux Africains. Une leçon d’humanité que les dirigeants semblent incapables d’apprendre.



