La Royal Navy surveille de près les sous-marins russes dans l'Atlantique Nord
"Au président Poutine, je dis ceci : on vous voit." Ce message explicite a été adressé par le secrétaire d'État britannique à la Défense, John Healey, au chef d'État russe lors d'une conférence de presse tenue jeudi. Le ministre a dévoilé une opération militaire significative menée par les forces armées britanniques.
Un mois de traque intensive
Pendant un mois complet, un navire de la Royal Navy et un avion de la Royal Air Force ont suivi à la trace trois sous-marins russes évoluant dans l'Atlantique Nord, à environ 200 miles nautiques des côtes anglaises. Cette opération de surveillance intensive visait à protéger des infrastructures sous-marines critiques.
Les bâtiments russes identifiés comprenaient un sous-marin d'attaque de classe Akula, à propulsion nucléaire, accompagné de deux sous-marins spécialisés dans les recherches en eaux profondes, de type Gugi. Les forces britanniques, avec la participation des forces norvégiennes, cherchaient à s'assurer que ces navires ne causeraient pas de dommages aux câbles sous-marins de communication ni aux pipelines énergétiques.
Cette préoccupation fait suite à plusieurs incidents récents, notamment la section de deux câbles dans la mer Baltique entre la Suède et la Lituanie début novembre, ainsi qu'un autre câble endommagé entre l'Allemagne et la Finlande.Stratégie russe et réaction britannique
Selon les observations de John Healey, le sous-marin Akula aurait servi de leurre avant de quitter rapidement la zone, tandis que les deux sous-marins Gugi ont continué leurs opérations. "Nos forces armées leur ont clairement fait comprendre qu'ils étaient surveillés", a déclaré le ministre.
Les forces britanniques ont largué régulièrement des bouées sonar pour démontrer leur surveillance constante. "Afin de leur montrer que nous surveillions leurs opérations à chaque instant", a précisé Healey. Les sous-marins Gugi ont finalement quitté les eaux britanniques pour mettre le cap vers le nord.
Le ministre britannique s'est dit "confiant" qu'aucun câble ou pipeline n'avait été endommagé, tout en soulignant que cette évaluation devait être vérifiée par les pays alliés concernés.
Un contexte de tensions croissantes
Cette révélation intervient dans un contexte de tensions géopolitiques accrues. John Healey a affirmé que malgré l'attention portée à la guerre en Iran, la Russie demeure "la principale menace pour le Royaume-Uni et l'OTAN".
Le ministre a estimé que les mesures prises par le Royaume-Uni "compliquaient la tâche de Poutine pour obtenir les revenus de sa guerre illégale, coordonner et gérer sa flotte clandestine". Fin mars, le Royaume-Uni a annoncé que son armée était prête à saisir des navires soupçonnés d'appartenir à la "flotte fantôme" russe, ces pétroliers sous faux pavillon permettant à Moscou de contourner les sanctions internationales.
Un programme russe de longue date
James Appathurai, secrétaire général adjoint par intérim de l'OTAN pour l'innovation, les menaces hybrides et le cyberespace, a expliqué à Euronews : "Les Russes mettent en œuvre un programme qu'ils ont depuis des décennies. Il s'agit du Programme russe de recherche sous-marine, qui est un euphémisme pour désigner une structure paramilitaire, très bien financée, qui cartographie tous nos câbles et nos pipelines énergétiques."
Cette structure disposerait de navires de recherche équipés de petits sous-marins, de véhicules télécommandés sans équipage, de plongeurs et même d'explosifs selon les déclarations de l'officiel de l'OTAN.
Augmentation significative de l'activité navale russe
Cette opération de surveillance n'est pas un incident isolé. Récemment, le Telegraph a révélé qu'un navire de guerre russe avait escorté deux pétroliers soumis à des sanctions à travers la Manche. De plus, des hélicoptères et des navires de la marine britannique ont suivi quatre navires de la marine russe, dont un sous-marin en surface, dans la Manche et en mer du Nord.
Selon le gouvernement britannique, l'activité navale russe autour des eaux britanniques a augmenté de 30 % au cours des deux dernières années. En réponse à cette menace croissante, le Royaume-Uni et la Norvège ont annoncé en décembre des patrouilles navales conjointes.
Le gouvernement britannique avait alors déclaré qu'une flotte d'au moins 13 navires de guerre "chasserait les sous-marins russes et protégerait les infrastructures essentielles dans l'Atlantique Nord". Cette coopération renforcée s'inscrit dans une stratégie plus large de protection des intérêts occidentaux face aux activités maritimes russes.



