Les pompiers entament ce mardi 8 septembre 2026 une grève de plus de six semaines pour arracher des moyens financiers, matériels et humains, ainsi qu'un recentrage de leurs missions. Le préavis court jusqu'au 20 octobre, date du début de l'examen du projet de loi de finances, avec un point d'orgue prévu le 29 septembre à Paris lors d'une manifestation. Le gouvernement doit leur présenter à 11 heures au ministère de l'Intérieur les premiers chapitres d'un projet de loi dite de modernisation de la sécurité civile.
Un été marqué par des incendies d'une virulence inédite
En première ligne depuis juin dernier face aux incendies d'une virulence inédite, les soldats du feu ont été confrontés à des feux XXL dans le Var, notamment dans le massif du Gros Besillon, ainsi qu'en Gironde, dans les Landes et en forêt de Fontainebleau. Tout en assurant au quotidien les secours à la personne, ils dénoncent un système jugé à bout de souffle.
Les neuf syndicats représentatifs, dont huit réunis en intersyndicale, appellent à la grève. Même si le mouvement n'aura pas d'impact sur les secours car des réquisitions sont possibles, des Landes au Limousin ou à la région parisienne, les attentes sont très fortes. Les pompiers professionnels, des fonctionnaires territoriaux, comptent déployer banderoles et messages sur les camions pour signifier leurs revendications.
Des revendications financières et structurelles
« On attend beaucoup du texte » né du Beauvau, cette concertation entamée en 2024 mêlant pompiers, Samu, financeurs et autres acteurs, commente Christophe Sansou (FO). « On ne s'attend pas à ce que le gouvernement sorte un lapin du chapeau », relativise toutefois Sébastien Delavoux (CGT), car selon lui, cette loi ne comprendrait pas de mesures structurelles, notamment le financement des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS).
Sur les plus de six milliards d'euros de budget des SDIS, plus de cinq milliards sont financés par les collectivités territoriales, dont 59 % par les départements, d'où de grandes disparités selon les territoires. La santé est une autre revendication majeure des syndicats, tout comme les embauches. « Ce qui nous met en colère aussi, c'est qu'on ne soit pas reconnu métier dangereux », résume Xavier Boy, du syndicat FA SPP-PATS et porte-parole de l'intersyndicale. Plusieurs soldats du feu sont morts en intervention cette année, et des dizaines d'autres ont été blessés, en particulier lors des méga-feux du Sud-Ouest.
Des demandes d'embauche et une nécessaire adaptation
L'intersyndicale réclame l'embauche de 21.000 professionnels, un nombre calculé sur la base d'un rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) de 2025, autant de postes aujourd'hui occupés par des pompiers volontaires, explique M. Boy. D'autres représentants de la profession ont rejoint le concert de revendications, dont l'association nationale des directeurs départementaux des SDIS (Andsis) qui note que « le changement climatique modifie profondément la nature, l'intensité et la géographie des risques ».
« Dans le même temps, les SDIS continuent d'assurer, sans rupture, leurs missions quotidiennes de secours d'urgence aux personnes, dont le volume ne cesse de progresser sous l'effet des évolutions démographiques, sociales et sanitaires encore accentué par les difficultés des acteurs de la santé », relève l'Andsis. Depuis 2002, le nombre d'interventions a progressé de plus de 30 %, et la part du secours d'urgence aux personnes est passée de 59 % à 87 % des missions. « Cette situation ne permet plus de différer encore les décisions attendues depuis plusieurs années », juge l'Andsis.
Le projet de loi et ses mesures attendues
La fédération nationale des sapeurs-pompiers, association qui revendique 290.000 adhérents, donne aussi de la voix, estimant qu'« une loi de modernisation ne peut pas se contenter de moderniser les mots. Elle doit changer la réalité ». Selon un document consulté par l'AFP, le projet de loi comprend un renforcement du pilotage de la mission de secours d'urgence via un contrat territorial. Déjà présent dans le projet de loi sur la décentralisation mais finalement retiré, il avait été bien accueilli par les pompiers, tandis qu'il avait été rejeté par nombre de syndicats hospitaliers.
Il prévoit de placer la coordination entre le Samu, les ambulanciers privés, les SDIS et les associations agréées de type Protection civile, sous l'autorité du préfet chargé de définir les responsabilités de chacun. Le texte contient également un serpent de mer : les plateformes communes de gestion des appels. D'autres mesures sont en attente de validation interministérielles, selon plusieurs sources proches du dossier.



