Un sommet historique pour la défense européenne
Emmanuel Macron et Donald Tusk ont scellé lundi à Gdansk un renforcement substantiel de la coopération militaire entre la France et la Pologne. Ce sommet, axé sur les enjeux de sécurité, constitue la première application concrète du traité d'amitié signé en mai 2025 à Nancy, élevant Varsovie au rang d'allié majeur de Paris.
Des avancées concrètes sur la dissuasion nucléaire
Les deux dirigeants ont annoncé des travaux devant aboutir d'ici l'été à des progrès significatifs dans le domaine de la dissuasion nucléaire française. "Il y aura des travaux d'ici à l'été qui permettront d'avancer sur les avancées concrètes", a déclaré Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse commune.
Parmi les mesures envisagées figurent des échanges d'informations sensibles, la réalisation d'exercices militaires conjoints et le possible déploiement d'avions français porteurs de l'arme nucléaire sur le territoire polonais. Donald Tusk a qualifié cette coopération de "coopération qui ne connaît aucune limite", soulignant l'ambition partagée des deux nations.
Un accord industriel pour un satellite militaire
En marge des discussions sur la dissuasion, un accord industriel majeur a été signé pour le développement d'un satellite géostationnaire de télécommunications militaires destiné aux forces armées polonaises. Ce projet associe les géants européens Airbus et Thales au groupe polonais Radmor, en présence des ministres de la Défense des deux pays.
Un soutien français au nucléaire civil polonais
Sur le plan énergétique, Emmanuel Macron a plaidé avec conviction la cause du groupe français EDF dans l'appel d'offres pour la construction d'une deuxième centrale nucléaire en Pologne. "On sait faire de l'amont à l'aval du cycle", a-t-il insisté, mettant en avant l'expertise française. Le Premier ministre polonais a répondu que "la France sera considérée comme l'un de nos partenaires les plus importants dans tous les projets majeurs".
Un contexte géopolitique favorable
Les deux dirigeants se sont félicités du retour de la Hongrie dans le camp pro-européen après la défaite électorale de Viktor Orban. Emmanuel Macron s'est déclaré "raisonnablement optimiste" quant au déblocage du prêt européen de 90 milliards d'euros à l'Ukraine, voyant dans ce changement "une nouvelle ère qui s'ouvre en Hongrie et une nouvelle ère en Europe".
Des liens historiques et culturels renforcés
La visite à Gdansk a également été marquée par des gestes symboliques forts. Le président français s'est rendu au cimetière où reposent des soldats français morts en Pologne, suivant les traces de ses prédécesseurs Charles de Gaulle et François Mitterrand. Les deux pays ont annoncé l'organisation d'une saison culturelle croisée en 2027, témoignant de la profondeur des liens historiques qui unissent les deux nations.
Emmanuel Macron a également rencontré Lech Walesa, dirigeant historique du syndicat Solidarité et prix Nobel de la Paix, soulignant ainsi la dimension démocratique et historique de cette coopération renouvelée.
Une Pologne partagée entre l'Europe et les États-Unis
Malgré ce rapprochement significatif avec la France, la Pologne reste fondamentalement attachée à sa relation stratégique avec les États-Unis. Le pays a massivement investi dans la modernisation de ses forces armées, avec des dépenses militaires devant dépasser 4,8% du PIB en 2026, et a passé des commandes importantes d'équipements américains.
Cette dualité stratégique illustre la complexité des équilibres de puissance en Europe orientale, où Varsovie cherche à maximiser ses garanties de sécurité tout en renforçant son ancrage européen sous l'impulsion du gouvernement pro-européen de Donald Tusk.



