Jean-Michel Jacques : les services secrets face à de nouveaux défis
Les services secrets face à de nouveaux défis

Jean-Michel Jacques, président (Renaissance) de la commission de la Défense à l'Assemblée nationale, a présidé jusqu'à récemment la délégation parlementaire au renseignement (DPR). Cette instance, composée de quatre députés et quatre sénateurs, est soumise au secret de la défense nationale, dont la violation est passible de cinq ans d'emprisonnement. Sa mission consiste à contrôler l'action gouvernementale en matière de renseignement, à évaluer les politiques publiques dans ce domaine et à suivre les grands enjeux sécuritaires. Cependant, l'accès aux détails des opérations des services du premier cercle (DGSE, DGSI, DRM, DRSD, trafic, douanes, etc.) reste très limité. Bien que la DPR dispose de pouvoirs accrus pour contrôler les fonds secrets par rapport à ses homologues occidentaux, ses prérogatives sont strictement encadrées et ses moyens réduits. À titre de comparaison, les parlementaires allemands bénéficient d'une quinzaine de collaborateurs dédiés à la surveillance des services secrets, tandis que leurs homologues français doivent se contenter de moins de deux équivalents temps plein.

Entretien exclusif avec Jean-Michel Jacques

Le Point a eu accès en exclusivité au rapport annuel de la DPR, qui analyse la réorganisation des services face au chaos géopolitique actuel et aux nouvelles menaces. Voici les principaux extraits de l'entretien.

Narcotrafic : une menace pour la sécurité nationale

Le Point : Votre rapport souligne l'apparition de nouveaux risques comme le narcotrafic. S'agit-il de nouvelles missions prioritaires pour la DGSE et la DGSI ?

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Jean-Michel Jacques : L'ampleur prise par le narcotrafic exige une mobilisation générale de tout l'appareil d'État, au-delà de la seule autorité judiciaire, pour lutter contre ce phénomène qui menace directement notre sécurité nationale. Face aux moyens de plus en plus sophistiqués des organisations criminelles, l'action coordonnée des services de renseignement est décisive pour les entraver. Cependant, une menace ne chasse pas l'autre. La singularité de la période actuelle réside dans le fait que les services de renseignement doivent être sur tous les fronts simultanément : la menace terroriste reste élevée, les ingérences étrangères prolifèrent, les attaques cyber se multiplient, etc.

Messageries cryptées : un équilibre à trouver

Le Point : Les services de renseignement demandent depuis plusieurs années la possibilité juridique d'accéder aux messageries cryptées. La DPR soutient cette demande, mais de nombreux parlementaires y voient une atteinte aux libertés individuelles. Pourquoi ce soutien ?

Jean-Michel Jacques : Le chiffrement des communications est devenu la règle, ce qui pose un défi de taille aux services de renseignement. Ils n'ont plus accès à des contenus qu'ils pouvaient auparavant intercepter légalement, sous certaines conditions, avant le cryptage généralisé. L'évolution technologique ne doit pas rendre nos services aveugles, à la merci du bon vouloir de plateformes étrangères qui refusent de coopérer. Il est possible de concilier protection des données et libertés avec l'impératif de sécurité nationale. Il ne s'agit pas de donner un blanc-seing aux services, mais de trouver une voie équilibrée, tant sur le plan juridique que technique, pour sortir de l'impasse actuelle.

Réorganisation des services : décloisonnement et agilité

Le Point : Vous vous êtes penché sur la réorganisation en profondeur de plusieurs services, notamment la DGSE et la DRM (direction du renseignement militaire). Comment l'évaluez-vous ? L'organisation actuelle est-elle adaptée aux défis ?

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Jean-Michel Jacques : Confrontés à l'addition des menaces, à leur imbrication et à leur dimension hybride, la plupart des services de renseignement ont entrepris des réformes profondes de leur organisation interne, fondées sur le décloisonnement, la transversalité et l'agilité. Les services se font confiance et coopèrent de plus en plus efficacement, notamment dans le cadre de programmes de mutualisation technique. Toutefois, si le renseignement est engagé dans une course de vitesse face aux évolutions technologiques, la dimension humaine reste essentielle. La communauté du renseignement est confrontée à un défi majeur : attirer les meilleurs talents et les fidéliser dans un environnement très concurrentiel, en proposant des parcours professionnels attractifs.

Moyens budgétaires : un renseignement bien armé

Le Point : En ces temps de réduction budgétaire et de flambée des crises géopolitiques, la DPR estime-t-elle que les services sont suffisamment armés pour leurs missions ?

Jean-Michel Jacques : Le renseignement français est clairement entré dans une ère nouvelle. Nos services devront s'adapter en permanence pour remplir les missions assignées par la nouvelle revue nationale stratégique publiée l'été dernier. La loi actualisant la programmation militaire, actuellement en débat à l'Assemblée nationale, leur donnera les moyens nécessaires. Dans le monde actuel, un renseignement bien armé est essentiel pour protéger notre démocratie et défendre nos valeurs.