Général Carleton : prêt à combattre malgré un contexte de guerre complexe
Général Carleton : prêt à combattre en contexte complexe

Dans un contexte international marqué par le retour de la guerre en Europe, le général Stève Carleton, qui a pris le commandement de la 6e Brigade légère blindée (BLB) le 6 juillet 2025, livre son analyse sur les défis actuels de l'armée française. Basée à Nîmes, cette brigade constitue la plus grande garnison de l'armée de terre en France.

Une mission de préparation au combat

Interrogé sur ses aspirations à ce poste, le général Carleton déclare : « Notre mission, c'est d'être prêt pour partir au combat. Donc, d'essayer de donner le maximum de moyens, de formation, d'entraînement, de préparation opérationnelle pour être prêt à intervenir éventuellement dès ce soir. » Il souligne également la nécessité de se préparer au combat de demain, dans un contexte complexe où le monde change rapidement et où la guerre est revenue en Europe. « Notre devoir, c'est de répondre présent à l'appel de la Nation lorsque ce sera nécessaire », ajoute-t-il.

Un niveau de vigilance accru

Le général Carleton confirme que le degré de vigilance est plus important aujourd'hui qu'il y a dix ans. Il évoque un changement de dimension depuis 2022 et le conflit entre la Russie et l'Ukraine. « Nous sommes face à un adversaire qui disposera de moyens quasiment identiques aux nôtres, voire supérieurs. Et qui, en plus, utilise tous les aspects de la conflictualité, y compris les champs immatériels comme l'influence et l'action sur les réseaux. » Il précise que le conflit sera plus dur, car l'armée française ne pourra pas forcément choisir le lieu et le moment de l'affrontement.

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Gestion du stress et entraînement

Pour ce qui est de la gestion du stress au sein des équipes, le général Carleton affirme : « Celui qui vous dit qu'il n'a jamais eu peur est un menteur. La peur fait partie du combat. » Il explique que la peur est palliée par l'instruction, l'entraînement et l'apprentissage du combat. Il compare la préparation militaire à l'apprentissage du piano : « Pour bien jouer du piano, il faut faire des heures et des heures de solfège, réviser ses gammes en permanence. Pour nous, c'est pareil, sauf qu'on doit aussi adapter nos gammes aux évolutions de l'adversaire. »

L'impact des drones sur les conflits modernes

Le général Carleton insiste sur l'importance de la menace des drones, qui représente 60 à 70 % des pertes dans le conflit russo-ukrainien. Il note une évolution majeure : « Pendant des siècles, la technologie militaire a fait monter en gamme la technologie civile. Aujourd'hui, cela tend à s'inverser. » Il mentionne le développement de drones avec des imprimantes 3D pour construire leurs propres munitions, soulignant l'importance de l'innovation.

Moyens financiers et recrutement

En ce qui concerne les budgets, le général Carleton reconnaît que la loi de progression militaire est en augmentation et que la courbe est respectée. « Il y a un vrai effort qui est fait par la France, qui est une adaptation liée à l'évolution de la menace. Car le premier des devoirs d'un État, c'est la sécurité de ses ressortissants. » Il insiste sur l'efficacité de la dépense.

Sur le recrutement, il indique que l'armée recrute 28 000 personnes par an, dont 16 000 pour l'armée de terre et 250 pour Nîmes. La brigade compte 7 500 soldats actifs et 1 800 réservistes. Il note que les conflits entraînent une hausse du recrutement, avec des personnes désireuses de servir leur pays. Un petit trou d'air post-Covid a été surmonté.

Service militaire et féminisation

Interrogé sur le rétablissement du service militaire, le général Carleton estime que cela dépasse son niveau, mais il observe une tendance vers une armée mixte, avec un cœur d'actifs renforcé par des réservistes et des volontaires. Il souligne la complexité politique du sujet. Quant à la féminisation, il affirme que c'est un non-sujet : les femmes qui souhaitent s'engager sont prises, mais il y a encore des autolimites.

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Prochaine mission : l'alerte ARF de l'OTAN

La prochaine mission majeure de la 6e BLB est l'alerte ARF (Allied Response Force) de l'OTAN, une première pour une brigade française depuis l'adhésion à l'OTAN. « On sera aux ordres de la division qui est à Marseille, commandée par le général Ozanne », précise Carleton. Il s'agit d'un défi pour monter en compétences dans les processus otaniens, y compris en anglais. L'alerte sera déployée quelque part en Europe pour un exercice de signalement stratégique. « L'idée, c'est de nous préparer avec rigueur, avec vigilance, parce que le nouveau chef d'état-major des armées nous impose de vaincre si on doit être engagés au combat. Il ne s'agit pas juste d'une alerte ARF pour faire des ronds dans l'eau. C'est pouvoir être engagés si on nous en donne l'ordre et surtout gagner. »

Qui est le général Stève Carleton ?

Né le 5 avril 1972 à Grenoble, marié et père de six enfants, le général Carleton est un Saint-cyrien non issu d'une famille de militaires. Il a hésité entre professeur d'histoire et l'armée, choisissant finalement l'infanterie. Sa carrière l'a mené au 4e Régiment étranger, au 2e Régiment étranger de parachutistes, puis au 2e Régiment étranger d'Infanterie à Nîmes. Après des passages à Polytechnique et à l'école de guerre, il a commandé le 2e Régiment étranger d'Infanterie et a travaillé à l'État-Major des Armées. Promu général de brigade le 1er juillet 2025, il a pris le commandement de la 6e BLB le 6 juillet 2025. Il a été projeté en Côte-d'Ivoire, au Kosovo, à Djibouti, au Tchad, en Afghanistan et au Mali. Il est officier de la Légion d'honneur, officier de l'ordre national du mérite et titulaire de la croix de la valeur militaire avec trois citations.