Menace des drones : le Charles-de-Gaulle visé, la France prépare un plan de défense
Drones : le Charles-de-Gaulle visé, la France prépare sa défense

Le porte-avions Charles-de-Gaulle ciblé par un drone russe en Suède

En escale à Malmö fin février, le porte-avions Charles-de-Gaulle a été la cible d'une manœuvre d'intimidation orchestrée par la Russie. Un drone rudimentaire, lancé depuis un navire de renseignement russe naviguant dans les eaux territoriales suédoises, a tenté d'approcher le bâtiment amiral français. Rapidement brouillé par la marine suédoise, l'engin a été neutralisé à 13 kilomètres du porte-avions.

Si le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a qualifié la provocation de dérisoire et ridicule, cette manœuvre teste ostensiblement les capacités de défense françaises. Elle s'inscrit dans une série inquiétante de survols de sites stratégiques ces derniers mois.

Une multiplication des incidents préoccupants

Rares sont désormais les équipements sensibles à ne pas avoir été survolés ou approchés par des drones. Parmi les cibles récentes :

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  • L'usine de production d'explosifs Eurenco à Bergerac (Dordogne)
  • La base navale de l'Île Longue (Finistère) abritant les sous-marins nucléaires
  • La base militaire de Creil (Oise) et ses installations du renseignement militaire

L'incident le plus marquant s'est produit en septembre dernier au camp militaire de Mourmelon-le-Grand (Marne), l'un des plus grands du pays où sont formés des soldats ukrainiens. Pendant plusieurs heures, un essaim de drones non identifiés a survolé les chars Leclerc. Selon trois sources concordantes, seul le drone envoyé par les forces de sécurité pour intervenir aurait été détruit.

Un plan d'action élaboré à Matignon

Face à cette menace croissante impliquant des risques d'espionnage, de captation de données sensibles et de sabotages, l'État prend la situation très au sérieux. Les services du Premier ministre ont été sollicités par le cabinet de Sébastien Lecornu pour dresser un plan d'action complet.

Alors que la Commission européenne vient de lancer son propre plan contre les drones hostiles et que l'Allemagne a fait évoluer son cadre réglementaire en octobre dernier, des propositions législatives sont à l'étude en France. Ces travaux impliquent également le ministère des Transports, sa Direction générale de l'aviation civile (DGAC), sa Direction de la sécurité de l'aviation civile (DSAC) et des acteurs privés. Ils devraient aboutir au printemps avant d'être présentés à l'Assemblée nationale.

Les défis techniques de la lutte antidrones

Un angle mort subsiste dans la lutte contre les drones pirates de petite taille, utilisés pour des missions d'observation, de renseignement ou pour tester les défenses des sites sensibles. Le ministère des Armées précise : La lutte contre les drones comparables par leur taille à de petits avions relève de la défense aérienne et de l'armée de l'air et de l'espace. Ces derniers peuvent être interceptés par des avions de chasse.

En revanche, les mini et micro-drones relèvent de la compétence d'autres autorités. Chaque ministère est responsable des sites sensibles dont il a la tutelle, qu'il s'agisse d'aéroports civils, de prisons ou de centrales nucléaires, ajoute-t-on.

Actuellement, les militaires ne sont autorisés à utiliser leurs armes (fusils ou brouilleurs de courte portée) que dans un périmètre restreint, à l'intérieur de leurs enceintes. En dehors, ils doivent se tourner vers la gendarmerie sous contrôle préfectoral, ce qui implique des délais de réaction incompatibles avec la furtivité de ces manœuvres.

Les Russes systématiquement pointés du doigt

Les investigations lancées après chaque incident n'ont pas encore permis d'identifier formellement les auteurs. Faute d'éléments techniques consistants, la désignation des responsables reste souvent géopolitique. Dès octobre dernier, le Danemark a décidé d'attribuer par principe à la Russie le survol de plusieurs de ses aéroports par des drones.

La France fait preuve d'une plus grande réserve, face à des acteurs malveillants prompts à brouiller les pistes. Après la tentative d'approche du porte-avions français dans le détroit d'Oresund, ce sont les autorités suédoises qui ont attribué la manœuvre à la Russie.

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Une asymétrie de moyens préoccupante

En septembre 2025, quand une vingtaine de drones inconnus (de quelques centaines d'euros chacun) ont violé l'espace aérien polonais, des avions de chasse de l'Otan en ont abattu certains avec des missiles à un million d'euros. Ces intrusions de drones servent aussi à alimenter une guerre psychologique et financière. Et à pousser à dépenser des budgets conséquents pour des équipements, constate le cofondateur d'un opérateur franco-ukrainien de drone militaire.

Des équipements moins coûteux existent et sont déjà utilisés sur le front ukrainien, mais nécessitent une adaptation du cadre réglementaire en France. Nos systèmes sont designés et conçus pour des zones de guerre et peuvent être adaptés à des théâtres civils, note Hadrien Canter, cofondateur d'Alta Ares, une start-up française lancée en 2024 qui conçoit des drones intercepteurs.

Le plan européen en gestation

La Commission européenne entend durcir les règles d'enregistrement pour les drones civils en abaissant le seuil de 250 à 100 grammes, pour s'assurer que leurs propriétaires soient identifiables via une banque de données communes. À l'image de ce qui a été expérimenté en Ukraine pour repérer les Shahed, le plan prévoit également d'utiliser les antennes 5G pour détecter rapidement les intrusions.

Bruxelles préconise enfin la désignation, dans chaque État membre, d'un coordinateur national de la lutte antidrones. Les autorités françaises se laissent quelques semaines pour identifier ce profil stratégique, alors que la menace des drones ne cesse de s'amplifier sur le territoire national.