Les incursions de drones au-dessus de pays de l'OTAN se poursuivent. Mais quelles sont leurs caractéristiques, leurs missions, représentent-ils une avancée technologique majeure ? Ulrich Bounat, analyste géopolitique spécialiste de l'Europe centrale et de l'Est, répond à Midi Libre.
Un drone intercepté en Pologne
Un drone a été intercepté la nuit dernière au-dessus de sites gouvernementaux sensibles en Pologne. Si cette fois deux Biélorusses ont été arrêtés, cet acte s'inscrit dans un climat de forte tension dans la région. La semaine dernière, pas moins de 19 drones russes ont violé l'espace aérien de la Pologne, pays membre de l'OTAN, et un autre quelques jours plus tard, cette fois dans le ciel roumain, pays également membre de l'OTAN.
"L'objectif de ces drones de leurres, c'est de saturer les défenses ukrainiennes. Dans le cas de la Pologne, ce n'est pas une erreur. On est probablement plus sur une volonté de provoquer, de tester l'OTAN. Il s'agissait probablement d'un test à plusieurs niveaux. Tout d'abord militaire, mais aussi politique", souligne Ulrich Bounat.
Des cartes SIM dans les drones
Certains drones qui ont survolé la Pologne sont tombés et ont été récupérés afin d'être analysés. À l'intérieur, des cartes SIM polonaises et lituaniennes sont retrouvées. Mais à quoi servent-elles ? "Il ne s'agit pas du tout d'une avancée technologique. Elles permettent aux drones de se repérer. Les drones, ukrainiens ou russes, évoluent dans un environnement qui est saturé en termes électromagnétiques. Pour se repérer, ils vont soit utiliser un signal GPS, soit être pilotés depuis une base arrière. Et donc l'une des façons de gêner ces drones, c'est soit de bloquer le signal GPS, soit de bloquer le signal qui permet à ce drone de communiquer avec son opérateur", explique l'expert.
Il faut comprendre que "ces drones se comportent comme des téléphones portables". C'est-à-dire qu'ils "utilisent les réseaux mobiles nationaux de ces pays pour déjà se repérer par triangulation, pour savoir exactement où est-ce qu'ils se trouvent, ce qui permet de compenser le GPS, éventuellement brouillé". L'insertion de cartes SIM dans les drones "peut servir éventuellement à transmettre des informations, par exemple avec une caméra située dans le drone, pour permettre à un opérateur situé dans le pays d'envoi, de déterminer exactement si le drone est dans la bonne direction", argumente Ulrich Bounat.
Une action volontaire de la Russie ?
Ces incursions font basculer le conflit entre l'Ukraine et la Russie dans une nouvelle phase de tension alors que les négociations pour la paix étaient en pourparlers durant le mois d'août. Mais depuis le dialogue semble dans l'impasse, le Kremlin a ainsi déclaré que les négociations étaient en "pause". Les derniers actes recensés au-dessus des pays de l'OTAN montrent la volonté de Moscou à poursuivre la guerre contre son ennemi.
"S'il y avait une carte SIM polonaise à l'intérieur d'un drone, alors c'est que ce drone devait survoler le territoire polonais. Et cela renforce la présomption du caractère profondément délibéré de ce qu'il s'est passé", estime l'analyste. Ulrich Bounat avance que le drone est "devenu un élément incontournable". "Le drone est omniprésent pour tout un tas de choses : le renseignement, le bombardement, saturer les défenses, attaquer l'arrière… C'est vraiment devenu une espèce de couteau suisse indispensable désormais pour les Russes et les Ukrainiens. Cela ne veut pas dire que le reste, les blindés, les avions de chasse et les navires, sont à mettre à la poubelle. Mais par contre, dans le futur, que ce soit cette guerre ou une autre, les drones seront incontournables", rappelle-t-il.



