La présence secrète d'agents russes sur un pétrolier arraisonné en Bretagne
Deux employés d'une société de sécurité privée russe se trouvaient à bord du pétrolier Boracay, ce navire de la flotte fantôme russe arraisonné par la France au large de la Bretagne en septembre dernier. Cette révélation provient de deux sources françaises ayant connaissance du dossier, qui ont partagé ces informations avec l'Agence France-Presse. Le capitaine de ce pétrolier est justement jugé ce lundi devant le tribunal correctionnel de Brest, ajoutant une dimension supplémentaire à cette affaire déjà complexe.
Le rôle trouble des deux agents russes à bord
Selon l'une de ces sources, qui a requis l'anonymat, ces deux hommes, âgés respectivement de 34 et 40 ans, étaient employés par le groupe de sécurité privée russe Moran Security Group. Cette société, fondée en 2009 par d'anciens officiers des services de sécurité russes (FSB), selon cette même source et plusieurs experts, n'a pas donné suite aux sollicitations des journalistes. L'un de ces agents serait un ancien policier ayant travaillé pour la sulfureuse société Wagner, ce qui souligne les liens troubles de cette opération.
Leur mission à bord du Boracay était double et particulièrement sensible. Premièrement, ils devaient assurer la protection physique du navire. Deuxièmement, et c'est là que réside le cœur de leur mission, ils étaient chargés de faire respecter les ordres au capitaine, en veillant à ce que ceux-ci soient conformes aux intérêts russes. Mais leur rôle ne s'arrêtait pas là. Ils avaient également pour tâche de collecter activement du renseignement le long des côtes européennes, une activité d'espionnage qui préoccupe les autorités françaises.
Un navire suspecté d'implication dans des survols de drones
L'affaire prend une tournure encore plus inquiétante avec les soupçons pesant sur le Boracay. Le navire est en effet suspecté d'être impliqué dans les survols de drones qui ont perturbé le trafic aérien danois en septembre dernier. Cependant, il est important de noter que, selon les sources consultées, il n'existe à ce stade aucune preuve tangible de cette implication. Ce volet de l'enquête n'est d'ailleurs pas encore saisi par la justice, laissant planer des questions sur les activités réelles de ce pétrolier.
La défense du capitaine chinois se positionne
La présence de ces deux ressortissants russes à bord a été confirmée par Me Henri de Richemont, l'avocat du capitaine chinois qui comparaît ce lundi. « Il y avait deux citoyens de nationalité russe à bord du bateau, moi je considère qu'ils représentaient la cargaison », a déclaré l'avocat, précisant qu'il ne s'agissait « pas de marins ». Il a fermement défendu son client en ajoutant : « Mon client n'a rien à voir avec cette présence, ce n'est pas lui qui met les Russes à bord de son navire ».
Le capitaine et son second avaient été placés en garde à vue début octobre, avant de reprendre la mer. La justice leur reproche principalement d'avoir refusé d'obtempérer lors de l'arraisonnement. Me de Richemont représentera son client à l'audience, ce dernier étant actuellement en mer, ce qui complique la procédure judiciaire.
Le contexte géopolitique de la flotte fantôme russe
Cette affaire s'inscrit dans un contexte géopolitique plus large. La flotte fantôme russe est un outil utilisé par Moscou pour contourner les sanctions occidentales imposées contre ses ventes de pétrole. Ces navires, souvent opaques dans leur propriété et leurs activités, permettent à la Russie de maintenir ses exportations d'hydrocarbures malgré les restrictions internationales. L'arraisonnement du Boracay et la découverte d'agents russes à son bord illustrent les méthodes employées par la Russie pour protéger ses intérêts économiques et stratégiques en mer.
Cette révélation soulève des questions cruciales sur la sécurité maritime et les activités de renseignement menées aux portes de l'Europe. Elle met en lumière les défis auxquels sont confrontées les autorités françaises et européennes dans la surveillance des eaux territoriales et la lutte contre les tentatives de contournement des sanctions internationales.



