La chambre régionale des comptes (CRC) a rendu le 30 juin 2026 un avis dans lequel elle juge « insincère » une partie du budget primitif 2026 de Falicon, petite commune d’environ 2 000 habitants située au nord de Nice. Saisie à la demande de l’opposition municipale, elle a en partie validé les critiques formulées par les quatre élus minoritaires et demandé à la majorité de revoir sa copie.
Le scrutin du 15 mars 2026 avait pourtant semblé tranché : Anaïs Tosel (UDR), proche du maire de Nice Éric Ciotti, a été réélue pour un second mandat face à son ex-premier adjoint Lucas La Rosa-Serafini (divers droite). Aujourd’hui conseiller municipal d’opposition, ce dernier a concédé une défaite de 148 voix dans cette commune des hauteurs de Nice.
Une saisine lancée dès le mois de mai
Le 29 avril, le conseil municipal a adopté le budget primitif de l’exercice 2026 sans les voix des quatre élus d’opposition. Ceux-ci estiment que le budget n’a pas été voté en équilibre réel et contestent la sincérité de certaines inscriptions budgétaires. Ils ont adressé une lettre au préfet le 13 mai pour demander la saisine de la chambre régionale des comptes, le gendarme financier des collectivités locales.
Dans leur courrier, ils pointent notamment « les recettes d’investissement pour l’année 2026 » non évaluées « de façon sincère », et plus précisément « le produit hypothétique de la vente de deux biens communaux ». Selon eux, les recettes ont été surestimées.
Des ventes immobilières écartées et un déséquilibre réel
Dans son avis du 30 juin, la CRC donne partiellement raison à l’opposition. Les magistrats financiers « constatent l’insincérité » de certaines inscriptions budgétaires et les corrigent. Ils ne retiennent ainsi qu’une seule des deux ventes immobilières espérées par la commune, écartant notamment celle d’un « bien sans maître », faute de garanties suffisantes.
Surtout, les ressources propres de la commune ne permettent pas de couvrir le remboursement annuel du capital de la dette, ce qui place le budget en « déséquilibre réel ». Pour rétablir l’équilibre, la chambre demande à Falicon de réduire ses dépenses de fonctionnement afin de dégager 264 055 euros supplémentaires.
L’opposition dénonce une « défaillance majeure »
Dans un communiqué, l’opposition se félicite de cet avis. « Le rapport des magistrats confirme les inquiétudes que nous avions exprimées dès la période électorale, commente-t-elle. Il confirme l’insincérité et le déséquilibre réel du budget 2026 tout en qualifiant la situation financière de Falicon de “très préoccupante”, en particulier sur la question de l’endettement accumulé ces dernières années : la gestion financière actuelle ne permet pas à la commune de dégager suffisamment d’autofinancement pour rembourser sa dette grâce à des ressources propres. »
Les élus minoritaires ajoutent que les magistrats relèvent une capacité de désendettement de 18 ans, « largement supérieure au seuil d’alerte fixé à 12 ans », ainsi qu’un endettement élevé et une « défaillance majeure » dans le suivi des engagements comptables. « Après un exercice 2025 déficitaire, ces conclusions confirment la nécessité d’un changement de cap et d’une gestion rigoureuse des finances communales, d’une information budgétaire plus transparente, ainsi que d’un suivi renforcé des dépenses, des recettes et des engagements de la collectivité », concluent-ils.
La maire relativise et évoque des problèmes de transmission
Interrogée par nos confrères de Nice-Matin, Anaïs Tosel conteste toute lecture alarmiste. « On avait sous-évalué certaines recettes et surévalué des dépenses en fonctionnement, voilà tout, commente-t-elle. C’est un rééquilibrage budgétaire, on a pris une décision modificative [mercredi 29 juillet 2026] lors du conseil municipal, rien d’alarmant, il n’y a plus de sujet. Quand on parle d’insincérité, c’est un terme comptable et administratif, il n’y a rien de politique ou de catastrophique. »
Elle explique aussi la situation financière dégradée par un contexte particulier : « C’est vrai qu’on a beaucoup investi, on a des crédits relais où on attend notamment le versement de subventions, et on a un fort endettement à cause de la construction de l’école, qui est liée à l’ancienne municipalité avant 2020, et qui affecte encore aujourd’hui notre capacité d’autofinancement. Mais on prend ça vraiment positivement, la cour est venue en mairie, ils ont été très bienveillants, très accompagnants, ils ont vu qu’il n’y avait pas de malversations, de volonté de tricher ou autre. »
Quant à la « défaillance majeure » constatée dans le suivi comptable, la première adjointe déléguée aux Finances, Ariane Albou-Etchart, l’attribue à un concours de circonstances. « Fin décembre, on a eu un changement et de DGS [directeur général des services, Ndlr], et de comptable. Les deux sont partis à la retraite en même temps. Donc, la transition a été un peu compliquée. Mais au final, tout est rentré dans l’ordre », assure-t-elle.
La commune doit désormais présenter un budget rectifié conforme aux demandes de la chambre régionale des comptes.



