Sarkozy nuance ses propos sur Guéant lors du procès en appel
Sarkozy ménage Guéant à la cour d'appel de Paris

À la cour d’appel de Paris, Nicolas Sarkozy, 71 ans, s’exprime avec véhémence, gesticulant comme un chef d’orchestre pour convaincre la cour que la partition qu’on lui prête n’est pas la sienne. Vêtu d’un costume sombre, d’une chemise blanche et d’une cravate noire, l’ancien président est interrogé ce mercredi pour répondre aux allégations de Claude Guéant, qui fragilisent sa défense. Mais dans le prétoire de la première chambre de la cour d’appel de Paris, l’ex-chef de l’État change de tempo et évite désormais toute attaque frontale contre celui qui a été son « plus proche collaborateur ». « Ça ne veut pas dire que je pense que Monsieur Guéant ment. Sa mémoire a évolué, c’est son droit », déclare-t-il.

Les courriers de Claude Guéant lus à l’audience

Le président de la cour, Olivier Géron, entame l’audience en lisant deux courriers rédigés par Claude Guéant, souffrant de problèmes de santé et absent du procès. Celui qui était surnommé « Le Cardinal » relate une scène inédite qui se serait déroulée lors d’un dîner officiel à Tripoli après la libération des infirmières bulgares. Nicolas Sarkozy l’aurait « fait appeler » pour que Mouammar Khadafi lui répète « la préoccupation qu’il venait de lui exprimer » concernant son beau-frère, Abdallah Senoussi. Condamné en 1999 par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour son rôle dans l’attentat du DC-10, ce haut dignitaire du régime libyen était visé par un mandat d’arrêt international. « Claude, voyez cela », aurait demandé le président à celui qui était alors secrétaire général de l’Élysée.

Nicolas Sarkozy conteste la version de Guéant

Un stylo blanc dans la main gauche, Nicolas Sarkozy bat la mesure. Il assure que cet épisode n’a jamais eu lieu. « La scène décrite ne me paraît pas extrêmement crédible », affirme-t-il. L’ancien président ajoute que cette « histoire » de financement de sa campagne en échange de contreparties est « invraisemblable ». « Sur le fond, Claude Guéant et moi nous sommes d’accord. Ni lui, ni moi n’avons voulu faire quelque chose pour Senoussi. Jamais, ni lui, ni moi, nous avons donné le sentiment aux Libyens de pouvoir faire quelque chose » pour le numéro deux du régime. « Nous ne voulions, ni ne pouvions rien faire. »

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Il en veut pour preuve les « prises de position publiques et fermes » sur cette question formulées durant sa campagne. « La seule solution, c’était une grâce », explique le prévenu. Or, cette « voie a été fermée » dans « le courant de l’année 2006 ». « La seule fois » où le Guide libyen lui a parlé de son beau-frère, c’était en 2005 à l’occasion d’une visite qu’il effectuait en tant que ministre de l’Intérieur. Et il avait déjà, selon lui, pris « position contre la grâce » d’Abdallah Senoussi.

Fraîchement élu président, Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi se sont parlé au téléphone le 23 mai 2007. « À aucun moment, le compte rendu libyen de cette conversation ne fait état de l’évolution de la situation judiciaire du beau-frère du guide », martèle-t-il. Le sujet n’est pas évoqué non plus lors de la visite de l’ancien dictateur à Paris, en décembre de la même année.

Sarkozy ménage désormais Guéant

Alors qu’il s’était défaussé au début du procès sur Claude Guéant, qui était tombé selon lui dans « un piège », Nicolas Sarkozy semble désormais le ménager. Il concède même s’être trompé quand il a affirmé ne pas avoir été informé de ses quatre déplacements en Libye entre 2008 et 2010. Claude Guéant a, reconnaît-il, pu lui « faire un compte rendu d’ambiance sur les pressions des Libyens » sur la question de Senoussi. Mais à l’époque, le pays, qui était « en bas de la pile des relations internationales françaises », représentait « le cadet de [ses] soucis ». Sa « préoccupation » d’alors était la gestion de la « crise financière ».

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Le président Géron interroge également le prévenu sur le fameux coffre que Claude Guéant détenait dans une banque près de l’Opéra. S’agissait-il d’y entreposer du liquide issu des fonds du ministère de l’Intérieur ? Nicolas Sarkozy répond sans hésiter : « Je n’y crois pas, je ne peux pas l’imaginer et je ne le pense pas. » Avant d’ajouter : « Claude Guéant a droit à la présomption d’innocence. » L’ancien président se dit par ailleurs touché par la situation de son ex-bras droit, aujourd’hui âgé de 81 ans, qui s’est « dévoué sans compter » pour lui, et qui « ne peut pas être là » alors que « son honneur est mis en cause ».

Avocat de l’association Sherpa, qui s’est constituée partie civile, Me Vincent Brengarth demande à Nicolas Sarkozy si, finalement, les deux attestations rédigées par Claude Guéant ne seraient pas, pour lui, « un non-événement dans ce procès ». Là encore, le prévenu semble avoir tempéré sa mélodie. « Je ne serai pas aussi brutal ou désagréable », répond-il simplement.