À Mayotte, le recensement contesté avant même sa publication
Recensement à Mayotte contesté avant publication

Le recensement de la population à Mayotte, dont les résultats doivent être dévoilés en juillet 2026, suscite déjà une vive controverse. Les élus locaux, notamment le président du conseil départemental, Soibahadine Ibrahim Ramadani, et le député Mansour Kamardine, contestent la méthodologie et les chiffres provisoires, qu'ils jugent largement sous-estimés. Selon eux, la population réelle de l'île serait bien supérieure aux 310 000 habitants avancés par l'Insee, avec des estimations allant jusqu'à 400 000 ou 450 000 personnes.

Une méthodologie remise en cause

Les critiques portent sur la méthode de collecte des données. Les élus dénoncent un recensement qui n'aurait pas pris en compte les nombreux migrants en situation irrégulière, ni les habitants des bidonvilles et des logements informels. « Le recensement a été fait dans des conditions qui ne permettent pas d'avoir une image fidèle de la population », a déclaré Mansour Kamardine, député de Mayotte. Selon lui, l'Insee aurait sous-estimé la population de 20 à 30 %, ce qui priverait le département de dotations financières importantes.

Des enjeux financiers et politiques

La contestation n'est pas anodine : le recensement détermine le nombre de sièges aux élections locales et nationales, ainsi que les dotations de l'État. Mayotte, qui est le département le plus pauvre de France, reçoit des subventions calculées en fonction de sa population. Une sous-estimation pourrait donc réduire les aides accordées à l'île. Par ailleurs, le nombre de conseillers départementaux et de députés pourrait être revu à la baisse, ce qui affaiblirait la représentation politique de Mayotte.

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L'Insee se défend

Face à ces accusations, l'Insee maintient que la méthodologie est rigoureuse et conforme aux normes internationales. « Le recensement est réalisé selon des standards éprouvés, avec un échantillonnage aléatoire et des enquêtes de terrain », a expliqué un porte-parole de l'institut. L'Insee reconnaît toutefois que la situation particulière de Mayotte, avec une forte immigration clandestine et des habitats précaires, complique l'exercice. Les résultats définitifs seront publiés en juillet, et l'institut se dit prêt à dialoguer avec les élus pour expliquer les chiffres.

Un précédent en 2017

Ce n'est pas la première fois que le recensement à Mayotte est contesté. En 2017, déjà, les élus avaient dénoncé des chiffres sous-estimés. À l'époque, l'Insee avait estimé la population à 256 000 habitants, tandis que les élus parlaient de 350 000. La polémique avait conduit à une mission d'information parlementaire, qui avait conclu à la nécessité d'améliorer les méthodes de recensement dans les départements d'outre-mer. Malgré ces recommandations, les critiques persistent.

Des conséquences pour les Mahorais

Au-delà des chiffres, ce sont les habitants qui subissent les conséquences de cette controverse. Les services publics (écoles, hôpitaux, transports) sont dimensionnés en fonction de la population officielle, ce qui entraîne des pénuries si la réalité est plus élevée. « Nous avons des classes surchargées, des hôpitaux saturés, et des infrastructures insuffisantes », a déploré Soibahadine Ibrahim Ramadani. Les associations locales réclament une révision du recensement et une meilleure prise en compte des spécificités de l'île.

Vers une médiation ?

Face à l'ampleur de la contestation, le gouvernement pourrait être amené à jouer les médiateurs. Le ministre des Outre-mer, Jean-François Carenco, a indiqué qu'il suivait le dossier de près et qu'il était prêt à recevoir les élus mahorais. Une réunion est prévue dans les prochains jours pour tenter de trouver un accord. En attendant, les Mahorais retiennent leur souffle : les résultats du recensement auront un impact direct sur leur quotidien et sur l'avenir de l'île.

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