Le Premier ministre hongrois Péter Magyar a annoncé ce lundi 20 juillet vouloir proposer l'ancienne championne d'échecs Judit Polgar pour la présidence de la République. "Notre pays a besoin d'unité, de paix et d'un président dont tous les Hongrois puissent être fiers", a affirmé Péter Magyar sur Facebook. "Le nom de Judit Polgar est synonyme de talent et de persévérance depuis des décennies", a-t-il ajouté. Le chef du gouvernement a précisé qu'il allait la rencontrer ce lundi pour lui demander si elle accepte ou non la nomination.
Une décision dans le sillage d'une réforme constitutionnelle
Cette décision intervient au lendemain de la signature par le président Tamas Sulyok d'un amendement constitutionnel adopté par le parti Tisza, au pouvoir en Hongrie, qui a mis fin à son mandat de chef d'État à minuit. Cette législation s'inscrivait dans le cadre de la campagne menée par Péter Magyar pour démanteler les bastions du pouvoir de l'ancien Premier ministre Viktor Orban, campagne pour laquelle Péter Magyar affirme avoir reçu un mandat fort des électeurs après avoir évincé le dirigeant de droite lors d'une victoire écrasante aux élections législatives, en avril dernier. Même si Tamas Sulyok n'est pas membre du Fidesz de Viktor Orban et reste relativement inconnu, il était devenu le symbole de l'influence profondément ancrée du parti au sein de l'exécutif hongrois, étant ainsi la dernière pièce majeure du système Orban.
Viktor Orban dénonce une "tyrannie"
Si Péter Magyar a salué la décision du président de signer l’amendement, estimant que "le dernier obstacle à la mise en œuvre des décisions communes a été levé", Tamas Sulyok a lui critiqué Péter Magyar. Dans une vidéo publiée ce week-end sur Facebook, il a affirmé ne pas disposer de "moyens constitutionnels pour s'opposer à cet amendement qui, bien que violant les principes constitutionnels, a été adopté par l'Assemblée nationale". "Je remplis mon obligation en vertu de la Loi fondamentale, après avoir mûrement réfléchi à mes options légales et écouté ma conscience", a déclaré Tamas Sulyok dans sa publication sur les réseaux sociaux. "Cependant, cela constitue une preuve flagrante que les valeurs fondamentales d'une société libre - l'État de droit, la démocratie et le principe de la séparation des pouvoirs - ont été bafouées au nom du pouvoir politique."
Le Fidesz a organisé une manifestation le 9 juillet afin de dénoncer la réforme constitutionnelle, la qualifiant "d'autocratique", un reproche souvent adressé à l’ancien dirigeant nationaliste lorsqu’il était au pouvoir. Viktor Orban a estimé que "la dernière barrière était tombée" et que "la tyrannie n'était plus une menace mais une réalité". Des organisations de défense des droits humains ont elles aussi déploré cette mesure. Pour Human Rights Watch, ces pratiques "rappellent l'ère du Fidesz".
Un rôle essentiellement honorifique
Agnes Forsthoffer, la présidente du Parlement, assurera l'intérim à la tête de l'État jusqu'à l'élection d'un nouveau président par le Parlement, dans un délai de trente jours. Le Parlement, où le parti du Premier ministre dispose d'une majorité des deux tiers lui permettant de modifier toutes les lois, élira ensuite un président pour un mandat d'une durée maximale de cinq ans, jusqu'à l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution.
En Hongrie, le rôle du président est essentiellement honorifique. Il n'a pas de droit de veto sur les réformes constitutionnelles et ne peut que les soumettre à la Cour constitutionnelle, pour des raisons de procédure. Par ailleurs, le président dispose de cinq jours pour promulguer un amendement constitutionnel.



