Le débat s'enflamme autour des Canadairs alors qu'un incendie exceptionnel a ravagé près de 2000 hectares de la forêt de Fontainebleau. Jean-Luc Mélenchon a vivement critiqué la politique de renouvellement de la flotte lors de son meeting du 14 juillet en Bretagne, accusant Emmanuel Macron d'avoir annoncé en 2022 des livraisons à l'horizon 2027 sans les avoir tenues. En déplacement sur les lieux du sinistre, le président de la République a répondu indirectement, affirmant qu'à son arrivée au pouvoir en 2017, la commande de bombardiers d'eau était à l'arrêt : « En 2017, on ne produisait plus de Canadairs. Il n'y avait pas de polémique à l'époque pour savoir si c'était deux, quatre, six, c'était zéro ».
Les accusations de Mélenchon contre Attal
Le leader insoumis s'en est également pris à Gabriel Attal, l'accusant d'avoir fait annuler une commande de deux Canadairs en coupant dans les dépenses publiques, ce qui laisse la France avec le même nombre d'avions qu'en 1984. L'ancien Premier ministre a répondu directement : « Jean-Luc Mélenchon raconte n'importe quoi. Les seules commandes de Canadairs qui ont été faites depuis 20 ans ont été réalisées par le gouvernement que j'ai eu l'honneur de diriger ».
En réalité, c'est en 2023, avant l'arrivée d'Attal à Matignon, que la France avait commandé quatre Canadairs auprès du constructeur canadien De Havilland : deux financés au niveau national et deux par l'Union européenne. Ces appareils devaient être livrés dans les trois ans. Mais le coup de rabot de 10 milliards d'euros décidé par Gabriel Attal, acté par un décret du 21 février 2024, a touché près de 50 millions d'euros consacrés à la Sécurité civile, réduisant le financement des Canadairs. La commande française n'a donc pas pu être tenue. Seuls les deux avions financés par l'UE seront livrés d'ici 2028, auxquels s'ajoutera l'achat d'appareils annoncé en juin 2026 (livraison prévue en 2032).
La position de La France insoumise
Pour Damien Maudet, député LFI de Haute-Vienne et coauteur d'un rapport d'information sur le renouvellement de la flotte aérienne, « Gabriel Attal essaye de rattraper des choix du passé ». Il plaide pour une diversification de l'arsenal en investissant dans des hélicoptères bombardiers d'eau. Jean-Luc Mélenchon utilise cette attaque pour se présenter comme un grand planificateur écologiste, promettant la création d'éco-régions. Mais les soutiens d'Attal renvoient LFI à leurs votes passés : en 2023, une loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur avait débloqué 15 milliards d'euros pour la sécurité civile, adoptée sans les voix des Insoumis. Prisca Thevenot, porte-parole de Renaissance, accuse : « On sait que La France insoumise voulait désarmer la police, on sait maintenant qu'elle veut désarmer nos pompiers ». Damien Maudet se défend : « Évidemment lorsque l'on n'est pas d'accord avec 90 % du texte, c'est dur de voter pour. Dans cette loi, il était question de 16 Canadairs. Sur les 16, ils n'en ont commandé que 4, ils utilisent en étendard un texte qu'ils n'ont même pas respecté ».
Un manque de souveraineté partagé
Au-delà de la polémique, ce débat révèle le manque d'autonomie de la France en matière de lutte contre les incendies. Gabriel Attal veut inventer « un Canadair européen ». Même écho à La France insoumise : Damien Maudet souligne que si les feux persistent au Canada et aux États-Unis, ces pays pourraient garder leurs Canadairs. Il appelle à passer des commandes chez les producteurs européens et français, citant Hynaero, Kepplair Evolution ou Positive Aviation, trois entreprises françaises spécialisées dans les avions bombardiers d'eau, mentionnées dans le rapport d'information des députés Sophie Pantel et Damien Maudet.



