100 jours Ciotti à Nice : la fin du bling-bling et le grand coup de balai
100 jours Ciotti à Nice : la fin du bling-bling

Une rupture immédiate avec l'ère Estrosi

Le 30 juin 2026 marque les 100 jours d'Éric Ciotti à la tête de la mairie de Nice, après avoir remporté les élections municipales du 22 mars 2026 avec 47,7 % des voix contre 37,4 % pour le sortant Christian Estrosi. Dès son arrivée, il a imposé un style radicalement différent, mettant fin à ce qu'il appelle le « bling-bling » de son prédécesseur. Son mantra : « La fête est finie », synonyme d'économies drastiques et de reprise en main sécuritaire.

Des économies tous azimuts

Ciotti a frappé fort en annulant la hausse fiscale de l'ancienne majorité. Le 24 avril, il a fait voter une baisse des taux d'impôts locaux : la taxe foncière sur le bâti est passée de 35,30 % à 30,62 %, la taxe d'habitation sur les résidences secondaires de 25,15 % à 21,82 %, et la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) de 10,46 % à 9,46 %. Pour financer ce manque à gagner, il a sabré dans les frais des élus et adjoints, mis aux enchères 25 véhicules officiels, et réduit les salaires des cadres. Selon l'adjoint aux Finances Olivier Breuilly, Christian Estrosi disposait de 5 véhicules municipaux pour lui seul. Ciotti a également supprimé tous les frais de représentation et dénoncé le coût annuel des frais d'avocats pour la protection fonctionnelle des élus, qui s'élevait à plus de 1,7 million d'euros en 2025.

Le tout-sécuritaire en priorité

Après la fusillade meurtrière du 11 mai 2026 aux Moulins, Ciotti a accéléré le déploiement policier. Un poste de police municipale a ouvert le 18 mai dans cette cité de l'ouest, suivi d'un second mi-juin dans le Vieux-Nice, et un troisième est en projet à l'est. Pour augmenter ses effectifs de 50 % et atteindre 600 policiers municipaux, il a lancé un plan d'attractivité le 5 juin 2026, avec trois leviers : alignement des salaires sur le maximum autorisé en France, mise à disposition de 50 appartements municipaux, et un processus d'embauche express réduit à 10 jours grâce à une école de formation interne.

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Des couacs et des critiques

L'élimination de Nice de la carte des JO d'hiver 2030 est l'un des revers majeurs. La ville a perdu le pôle glace et la cérémonie de clôture au profit de Lyon, soit un manque à gagner estimé à 1 milliard d'euros par les défenseurs des Jeux. Ciotti, lui, y voit 140 millions d'euros d'économies à réinjecter dans les infrastructures sportives locales. Par ailleurs, le projet de centre des congrès et des expositions sur le site du MIN, évoqué le 8 juin 2026, ressemble à celui élaboré par Estrosi il y a dix ans. La hausse des tarifs votée le 5 juin 2026, notamment pour le Nice Jazz Festival (réduit à trois soirées, avec des prix doublant, jusqu'à 90 euros pour voir Sting), suscite la colère de l'opposition. Anthony Borré ironise : « C'est simple, vous proposez des augmentations partout. Même le club poulet à la buvette de Nikaïa passe de 5 € à 6,50 € et le paquet de chips de 2,50 à 3 euros. Assurément la fête est finie. »

Les opposants s'expriment

Anthony Borré, ancien premier adjoint de Christian Estrosi, critique : « Éric Ciotti, dont la légitimité est incontestable, a maintenu comme maire de Nice la tonalité agressive de sa campagne électorale, davantage occupé à régler ses comptes avec la précédente municipalité et avec ceux qui refusent son alliance avec le RN, qu'à préparer l'avenir de notre ville. [...] Ses cent premiers jours sont aussi marqués par des coups de communication et plusieurs renoncements d'engagements électoraux : abandon de la réouverture du tunnel du Congrès, maintien du centre des congrès au MIN, revirement sur les locations saisonnières et volte-face sur l'Ironman. Plus grave encore, Nice a perdu les Jeux olympiques d'hiver et près de 280 millions d'euros de retombées économiques. »

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Juliette Chesnel-Le Roux, chef de l'opposition de gauche-écolo, dénonce : « Derrière la communication populiste et les trompe-l'œil budgétaires, les 100 premiers jours d'Éric Ciotti révèlent une gestion d'extrême droite : ultralibérale, favorable aux plus aisés et contraire à l'intérêt général. La baisse des taxes locales prive la Ville de plus de 50 millions d'euros par an, l'assouplissement des règles Airbnb et les cadeaux aux propriétaires fragilisent les finances publiques et menacent les services publics. [...] Ces choix politiques se traduisent par moins de services publics, moins de logements accessibles et moins de transition écologique. »

Jean-Christophe Picard, ex-élu d'opposition, note des améliorations : « Le nouveau maire se montre beaucoup plus respectueux du rôle de l'opposition que son prédécesseur. [...] J'ai apprécié la reconnaissance et la fin des abus que j'avais dénoncés : frais de représentation du maire, protection fonctionnelle, voitures et logements de fonction. » Il regrette toutefois la diminution de 700 000 euros des crédits alloués aux bailleurs sociaux et l'assouplissement de la réglementation sur les meublés touristiques.

L'avis des Niçois

Sur le marché Saint-Roch, les avis sont partagés. Jean-Pierre, 79 ans, communiste, s'emporte : « Je déteste ma ville qui a voté pour des fachos. Ciotti n'a que deux mots à la bouche : les étrangers et la sécurité. » Aïcha, jeune maman, apprécie : « En tout cas lui, je l'ai vu ici, il serrait des mains, Estrosi je ne l'ai jamais vu en 10 ans. » Mathilde, sexagénaire, a voté Ciotti : « Il fallait un peu de changement. » Jonathan, livreur, temporise : « On a testé Estrosi, les caisses sont vides. On va laisser du temps à Ciotti pour voir ce qu'il vaut. En attendant 100 jours, ou deux jours, je n'ai pas vu de différence concrète pour le moment. »