Au premier trimestre 2026, les résultats de TotalEnergies ont bondi de 50 %. Il n’en fallait pas plus pour que la gauche néomarxiste, fidèle à ses réflexes pavloviens, s’empresse de crier aux « profiteurs de guerre » et de brandir l’incontournable taxe exceptionnelle sur les prétendus superprofits.
Une position traitant avec mépris l’un des derniers fleurons industriels français et ses 100 000 salariés – dont un tiers en France. Dans un contexte de hausse des prix des produits pétroliers faisant suite au conflit israélo-américano-iranien, TotalEnergies n’a évidemment rien d’un profiteur de guerre. Il est tout au plus une « victime chanceuse » – mais strictement innocente – d’un engrenage géopolitique dont il ne maîtrise ni le rythme, ni les règles.
Les trois secteurs d’activité
Les activités du groupe français se répartissent en trois secteurs : la production (extraction de pétrole brut), le raffinage (transformation en carburants comme l’essence, le diesel ou le kérosène) et la distribution (acheminement jusqu’au consommateur). Le prix hors taxes à la pompe reflète ces trois composantes : le coût du pétrole brut (acheté en dollars, son prix en euros dépend du taux de change), la marge de raffinage (écart entre le prix du pétrole brut et celui du pétrole raffiné) et la marge de distribution (transport, fonctionnement de la station-service et bénéfice du distributeur).
Le mythe de l’impunité fiscale
Au premier trimestre 2026, 70 % du bénéfice incombait à la production, 25 % au raffinage et seulement 5 % à la distribution. Réalisés dans 120 pays, dont la France, ces bénéfices sont imposés à un taux moyen de 43 %. Cependant, dans certains pays comme la Norvège, ils peuvent dépasser 70 %.
On ne peut donc accuser TotalEnergies ni de fraude ni même d’optimisation fiscale : le groupe paye ses impôts dans les pays où il opère au prorata de ses bénéfices locaux et conformément aux règles en vigueur. Ne produisant pas de pétrole en France, il n’y est imposé que sur les bénéfices effectués dans ses trois raffineries et ses 3 300 stations-service – soit les segments les moins rentables.
Surimposer TotalEnergies dans notre pays sur des superprofits réalisés en dehors de l’Hexagone serait non seulement illicite – la France a signé avec les pays producteurs des accords proscrivant la double imposition – mais surtout moralement douteux. Certains semblent oublier que l’époque où les pays occidentaux captaient l’essentiel des revenus pétroliers est révolue.
Ces ressources appartiennent aux pays producteurs, à qui seuls revient la légitimité d’encadrer la fiscalité au bénéfice de leurs populations. Taxer les superprofits de TotalEnergies reviendrait à s’approprier indirectement une partie de cette rente – une posture qui, pour une gauche se disant décoloniale, a comme un parfum de néocolonialisme.
À la pompe, l’exécutif joue les apprentis sorciers
Si la crise venait à s’amplifier – les bénéfices de ce premier semestre ont été consolidés avec un baril à… 81 dollars –, TotalEnergies continuera d’accroître ses profits et, avec eux, l’indignation de la gauche. D’autant que les ristournes à la pompe rogneront mécaniquement ses bénéfices français… et donc les recettes fiscales hexagonales.
Après s’être couché devant le Parti socialiste pour faire passer le budget, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’en remet désormais à TotalEnergies seul pour faire baisser les prix à la pompe. Entre le risque de vente à perte, la concurrence déloyale vis-à-vis des petits distributeurs et d’éventuelles ruées aux stations provoquant des troubles à l’ordre public, l’exercice relève pour l’exécutif d’un numéro d’illusionniste.
En conséquence, nous réitérons la proposition déjà formulée dans un article du Point sorti le 20 mars dernier : suspendre, le temps de la crise, les certificats d’économie d’énergie (CEE). Sans peser sur les finances publiques, une telle mesure permettrait de réduire le prix à la pompe d’environ 17 centimes.



