Marine Le Pen réaffirme sa ligne populiste et écarte le virage libéral
Le Pen réaffirme sa ligne populiste face à Bardella

Pour ceux qui, à droite, rêvaient d’un accommodement avec un RN réorienté vers le cercle de la raison par Jordan Bardella, c’est raté. Marine Le Pen vient de démontrer, tout ce dernier week-end, qu’elle était la gardienne de la flamme et que celle-ci restait populiste, prioritairement tournée vers la défense des plus modestes, salariés ou retraités. Le tournant libéral esquissé par « Monsieur Plan B » fut effacé en l’espace de quelques discours.

Un discours ancré dans la défense du peuple

Écoutons la madone du RN : « Je ne suis ni de droite, ni de gauche, je suis de France, je défends les Français, les intérêts du peuple, pas les intérêts particuliers. Je dis à la droite que l’on ne peut pas faire fi de la protection sociale de notre peuple. Nous gouvernerons avec seule boussole l’intérêt général. » Ce « nous » est significatif. Quoi qu’il arrive le 7 juillet, date du jugement en appel qui lui permettra ou non d’être candidate, Marine Le Pen sera là, et bien là, pendant la campagne présidentielle et ensuite. Le dauphin ne volera pas de ses propres ailes.

Une ligne qui reste fidèle à ses origines

La doxa d’origine sera respectée. Certes, même Marine Le Pen accepte quelques accommodements avec sa ligne traditionnelle. Pour la première fois on a pu l’entendre critiquer l’« assistanat », notion chipée à la droite LR. Mais c’était pour mieux conforter son credo basé sur la défense de la France qui travaille, souffre et souffre. Pas question que son parti ne devienne celui des patrons ou, plus généralement, celui des puissants, cet « establishment » vilipendé par les lepénistes orthodoxes.

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Un état d’esprit combatif malgré les ennuis judiciaires

Un peu abattue il y a quelques mois par ses déboires judiciaires, on la retrouve toute requinquée en ce printemps compliqué. Elle vit avec une épée de Damoclès sur la tête mais semble relativiser la situation : « Je ne risque pas la peine de mort. Humainement, j’existerai encore après le 7 juillet. Et même politiquement. Je ferai peut-être quelques meetings. » Quel que soit son statut à partir de l’été, simple citoyenne ou candidate, elle sera dans le tableau. En gardienne du temple. Car elle veut une vraie victoire, celle du peuple contre l’élite.

Un adversaire désigné : Édouard Philippe

C’est pourquoi elle a désigné son adversaire : pas Jean-Luc Mélenchon, mais le candidat favori de la droite classique, Édouard Philippe. Un triomphe contre le lider maximo serait à la fois trop facile et connoté. Le RN deviendrait le recours de la droite contre la gauche incarnée par le patron des Insoumis. Plus que jamais, Marine Le Pen récuse ce clivage gauche-droite, lui préférant le combat du peuple contre les élites. Sur cette base-là, que ce soit elle ou Jordan Bardella qui entre à l’Élysée, ce serait pour elle une vraie victoire. Une victoire personnelle, même si son nom n’est pas sur les bulletins de vote.

Une normalisation balayée ?

La volonté de la reine va se heurter à celle du dauphin et de ses jeunes partisans. Mais Marine Le Pen tient encore une bonne partie de l’appareil et son discours démago est populaire. Elle ne veut pas entendre parler d’une réforme des retraites réaliste, promet un meilleur pouvoir d’achat aux blessés de la crise et n’hésite pas à contredire Bardella sur la taxation des superprofits de Total. Comme s’il avait senti le vent, voilà d’ailleurs « Monsieur Plan B » qui donne des gages de bonne conduite en proposant d’ôter le drapeau européen du perron de l’Élysée. Pas vraiment la tasse de thé des capitaines d’industrie…

Un jeu de rôles entre Marine et Jordan

Tous les efforts de normalisation seront-ils sacrifiés ? Des conseillers comme François Durvye, venu conforter la crédibilité économique du RN, seront-ils négligés ? Sans doute pas. Il y a aussi un jeu de « bad cop/good cop » dans le duo Marine/Jordan. Mais la tonalité dominante ne sera peut-être pas celle qu’on pressentait avec l’irruption puis l’affirmation du jeune premier sur la scène. C’est un pari qui peut rapporter gros – le populisme paie – mais qui peut se révéler dangereux : les Français seront-ils dupes des promesses de campagne ou se rendront-ils compte qu’on les balade ?

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Un appel à la qualité humaine des candidats

Marine Le Pen a décrit elle-même ce qu’attendent ses concitoyens : « Ce qui sera fondamental dans cette campagne, affirme-t-elle, ce sera la qualité humaine des candidats, qui devront montrer courage, lucidité et clairvoyance, des qualités qui manquent à certains de nos adversaires. » Courage, lucidité, clairvoyance : diable, dresserait-elle le portrait d’Édouard Philippe sans s’en rendre compte ? Ce serait la ruse de l’Histoire…