Ce jeudi 15 octobre, le tribunal de première instance de Monaco a consacré trois heures d'audience à l'âpre bataille judiciaire autour de la succession d'Oleg Burlakov, cet homme d'affaires russe établi en Principauté depuis 2006 et emporté par le Covid en juin 2021 à l'âge de 72 ans. L'enjeu est considérable : un héritage estimé à près de 3 milliards d'euros, qui oppose la veuve et les deux filles du milliardaire à sa sœur et son beau-frère. Le tribunal a promis de rendre son délibéré le 18 mars prochain.
Un testament olographe découvert dans un coffre-fort à Riga
L'origine du litige remonte à la découverte, dans l'appartement de la maîtresse lettone d'Oleg Burlakov à Riga, d'un testament olographe conservé au fond d'un coffre-fort. Sur ce document, le milliardaire aurait rayé d'un trait de plume sa femme et ses deux filles de sa succession, au profit de sa sœur, Véra, et de son beau-frère, Nikolaï Kazakov. Un choix qui contraste avec le parcours du défunt, ancien colonel de l'armée Rouge reconverti dans les affaires, qui avait échappé de peu à la mort en 2018 lors d'une fusillade sur sa Cadillac à Moscou, avant qu'une analyse sanguine ne révèle la présence d'arsenic dans son sang.
La veuve, Lyudmila, qui avait entamé une procédure de divorce à Monaco à la fin de l'année 2018, et leurs deux filles ne reconnaissent « ni l'authenticité, ni la validité, ni les effets du prétendu testament olographe » retrouvé à Riga « dans un cahier rempli de gribouillages et de dessins ». Leur porte-parole a fait valoir qu'elles s'estiment victimes « d'une fraude internationale de grande ampleur » et restent « convaincues qu'une enquête complète et approfondie permettra d'établir ces faits ».
Une demande de sursis à statuer contre une « ultime diversion »
Le camp de Lyudmila a demandé un sursis à statuer, le temps que soient versées des pièces qu'il juge fondamentales à la compréhension de cet imbroglio successoral et qui font l'objet d'une autre procédure, cette fois à Londres. Une demande que les Kazakov considèrent comme une « ultime diversion », estimant que le contentieux n'a que trop duré.
« Il faut arrêter de dire que ce testament n'est pas authentique. Deux expertises, l'une en Russie et l'autre à Monaco, et même une attestation de la maîtresse d'Oleg qui l'a vu faire, prouvent qu'il a été rédigé de sa main », ont plaidé les avocats des Kazakov, Mes Frédéric de Baets et Richard Mullot. « Il faut désormais que ce document produise ses effets et donc que la justice monégasque reconnaisse Vera, la sœur d'Oleg Burlakov, et son beau-frère Nikolaï comme légataires de son patrimoine ».
Un patrimoine comprenant le Black Pearl et un trust « golden wheat »
Le magot en jeu est à la hauteur de la bataille : il comprend le Black Pearl, l'un des plus beaux voiliers au monde, des millions d'euros en pierres précieuses, et un penthouse de 300 mètres carrés surplombant la plage du Larvotto à Monaco. S'y ajoutent d'importantes liquidités qui auraient été mises à l'abri dans un trust au nom évocateur, « golden wheat » (blé d'or en anglais), dont les seuls intérêts s'élèveraient à près de 100 millions d'euros par an.
L'affaire comporte une autre facette : l'homme d'affaires a eu une troisième fille avec sa maîtresse lettone, qui demande de son côté la révocation des testaments antérieurs à cette naissance. Le tribunal de première instance de Monaco a promis de trancher cette rocambolesque affaire le 18 mars prochain, date du délibéré.