Élu maire de Séranon en mars 2026 avec 79,13 % des voix, Damien Matteoli, 28 ans, a hérité d'une situation financière critique : un passif d'un million d'euros, soit 1 950 euros de dette par habitant, contre 500 euros en moyenne nationale pour les communes de sa strate. Face à ce constat, le jeune édile détaille ses priorités : assainir les comptes sans augmenter les impôts, gérer le projet de supermarché enlisé devant la justice et lancer des projets structurants pour les 11 hameaux de la commune.
Une dette héritée d'une mauvaise gestion des prêts-relais
Damien Matteoli, pur produit du haut pays, a grandi à la station de Gréolières, entre une mère directrice de l'école de ski et un père pisteur-dameur. Après un parcours scolaire de Gréolières à Grasse, en passant par le collège de Castellane et des études de tourisme à Cannes, il connaît le secteur sur le bout des doigts. Son prédécesseur lui a laissé un passif d'un million d'euros, soit 1 950 euros de dette par habitant, contre 500 en moyenne nationale pour les communes de cette strate. Les voisins d'Andon, Caille ou Valderoure oscillent entre 300 et 600 euros.
Cette situation résulte d'une mauvaise gestion des prêts-relais : des subventions arrivées sur des projets financés à 80 % ont été utilisées pour d'autres dépenses au lieu de rembourser les prêts. Le nouveau maire ne cache pas son exaspération : « On nous a laissé un million d'euros de dette », lance-t-il, pointant du doigt la gestion passée.
Le parc photovoltaïque, une bouée financière indispensable
Pour redresser la barre, Damien Matteoli s'appuie sur le parc photovoltaïque de 9 hectares, opérationnel depuis fin 2025, qui rapporte 50 000 euros de recettes annuelles. « Sans cette bouée financière, nous n'aurions pas pu boucler le budget et la commune serait sous tutelle de l'État », explique-t-il. Ce dossier illustre sa méthode de gouvernance : sa première adjointe, Florence Dalmasso, y était opposée pour protéger la forêt, mais ils ont travaillé main dans la main, dans un respect mutuel absolu.
Élu d'opposition en 2020 avec 7 sièges contre 8 pour l'ancien maire, il a mené une opposition constructive, avec notamment la création du Conseil municipal des jeunes et du bulletin municipal. Aujourd'hui, il traque chaque euro : un chantier de goudronnage facturé pour 545 m² a été mesuré, mais seuls 300 m² avaient été réalisés, permettant de récupérer 13 000 euros. Le budget fleurs a été réduit avec des plantes vivaces, et celui des repas de la fête patronale a également été allégé.
Le projet de supermarché : un « piège financier »
Le projet de zone commerciale sur la zone des Courtilles, qui s'étend sur 4 hectares, est un serpent de mer depuis 1974. Le dernier projet en date, un supermarché, a connu des péripéties : un premier exploitant s'est engagé en 2020 à défricher le terrain mais a disparu en devant 30 000 euros à la commune. Un second investisseur a promis McDo, Ehpad, banque, Bricorama, magasin de jardinage, boulangerie, mais « c'était complètement disproportionné par rapport à Séranon », selon le maire. « Tout cela n'était que de l'esbroufe, il n'avait pas un centime », ajoute-t-il.
Le terrain a été divisé en deux lots de 2 hectares, dont l'un est destiné à accueillir un supermarché. Un permis de construire a été signé en 2025 par l'ancienne municipalité, mais le préfet a envoyé un courrier pointant de graves irrégularités, laissant à l'ancien maire jusqu'au 7 février pour l'annuler sous peine d'attaquer la commune devant le tribunal administratif. Aujourd'hui, la commune attend la décision de justice. Si elle décide d'annuler la promesse de vente, elle devra verser au promoteur 10 % de la valeur du terrain, soit 85 000 euros d'indemnités, une somme impossible à sortir. Si le tribunal déclare le permis illégal, la commune pourra repartir d'une feuille blanche et lancer une véritable concertation avec les habitants et les maires du bassin de vie.
Conciliation des rôles et projets pour les hameaux
Damien Matteoli est aussi chargé de communication des stations de Gréolières et l'Audibergue, sous la direction de Jérôme Viaud, maire de Grasse et président du syndicat mixte de ces stations. Il assure une séparation stricte : « À la station, Jérôme Viaud est mon patron ; en mairie, je défends exclusivement Séranon. » Aucun financement direct n'existe entre la commune et son employeur, et il sort de la salle lors des votes concernant la communauté d'agglomération du Pays de Grasse pour éviter toute interférence.
Ses priorités sont claires : assainir la dette municipale sans augmenter les impôts locaux, réaliser des projets structurants pour équilibrer le territoire et garantir une proximité en rencontrant les habitants dans les 11 hameaux. Deux projets phares sont prévus : à l'est, la création de la place provençale Léon-Rebuffel avec commerces et mairie de plain-pied PMR ; à l'ouest, à La Doire, l'achat de terrains pour des garages et une salle associative dès 2026. Le maire exprime son soutien aux élus et aux habitants pour leur solidarité, tout en dénonçant la mauvaise gestion passée : « Il est temps de tourner la page. »



