La rentrée des patrons, qui s'est tenue cette semaine, a été marquée par une inquiétude sourde : celle de voir Marine Le Pen et Jordan Bardella accéder au pouvoir. Selon les témoignages recueillis par Libération, les chefs d'entreprise présents n'ont pas caché leur appréhension face à une éventuelle victoire du Rassemblement national aux prochaines échéances électorales.
Un « changement de braquet » dans les discours patronaux
Dans les allées du MEDEF, le ton est donné. « On n'a pas gagné au change », confie un dirigeant, résumant le sentiment général. Les patrons, qui avaient pourtant salué certaines mesures économiques du gouvernement actuel, redoutent désormais un basculement politique majeur. Le spectre d'une cohabitation ou d'une arrivée au pouvoir de l'extrême droite provoque des crispations, notamment sur les questions européennes et de politique industrielle.
Plusieurs participants ont évoqué le « fantôme Bardella », qui rôde sur les discussions. Le président du Rassemblement national, crédité de bonnes intentions dans les sondages, incarne pour beaucoup une incertitude économique. Les patrons interrogés pointent notamment les propositions du parti en matière de sortie de l'Union européenne ou de remise en cause des traités commerciaux, qui pourraient fragiliser des secteurs entiers de l'économie française.
Des craintes concrètes pour l'économie française
Les inquiétudes ne se limitent pas aux discours. Elles se traduisent par des scénarios concrets. Un banquier d'affaires présent à la rentrée a ainsi évoqué des « plans de contingence » préparés par certaines grandes entreprises en cas de victoire du RN. Ces plans prévoient notamment des délocalisations partielles ou un gel des investissements en France, par crainte d'une instabilité réglementaire et fiscale.
Les chefs d'entreprise redoutent aussi un impact sur les marchés financiers. « Une victoire de Marine Le Pen serait un choc comparable au Brexit », estime un gestionnaire de fonds, citant les risques de hausse des taux d'intérêt et de dépréciation de l'euro. Ces scénarios, bien que non confirmés par des études officielles, alimentent les discussions dans les coulisses de la rentrée patronale.
Une opposition qui se structure face au RN
Face à cette menace, une partie du patronat tente de structurer une opposition. Plusieurs dirigeants appellent à un « front républicain » des entreprises, afin de défendre les valeurs de l'économie ouverte et de l'Europe. D'autres, plus discrets, préfèrent ne pas s'engager publiquement, par crainte de représailles politiques ou commerciales.
Cette rentrée des patrons, traditionnellement consacrée aux réformes économiques, a donc pris une dimension politique inattendue. Les discours sur la compétitivité ou la décarbonation ont cédé la place à des débats sur l'avenir institutionnel du pays. Selon un participant, « jamais la politique n'avait autant pesé sur les travaux du MEDEF ».
En attendant, les chefs d'entreprise suivent de près les sondages et les déclarations des candidats. La perspective d'une élection présidentielle anticipée, évoquée par certains, ajoute à la tension. Les patrons savent que le scénario d'une victoire du RN aurait des conséquences majeures sur leurs activités. Ils espèrent que les électeurs mesureront les enjeux, mais l'incertitude demeure.



